19 Utilisations de l'énergie nucléaire

Objectifs : Devenir capable de

Mots et concepts clefs :

fission isotope
combustible nucléaire barre de contrôle
modérateur uranium enrichi
centrale nucléaire hiver nucléaire
 

Introduction

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Il est de pratique courante de faire une distinction entre les applications civiles et militaires de l'énergie nucléaire. Cette distinction est un peu artificielle dans la mesure où des sous-produits des centrales nucléaires civiles peuvent être utilisées dans la fabrication de la bombe atomique ; il s'agit d'une pratique courante dans certains pays.

L'énergie nucléaire a deux origines : la fission de l'atome ou la fusion d'atomes. La fusion est un phénomène qui est utilisé dans certaines bombes nucléaires, mais sa domestication n'est pas encore à un stade suffisant pour les applications civiles.

 

L'énergie nucléaire civile.

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Le combustible nucléaire.

Les centrales électriques nucléaires utilisent exclusivement le phénomène de fission de noyaux d'atomes. L'énergie provient de la désintégration d'atomes d'uranium.

Dans la nature, on trouve trois variétés d'atomes d'uranium ; on désigne plus souvent ces variétés du nom de " isotopes " (au laboratoire et dans les réacteurs nucléaires, un plus grand nombre d'isotopes de l'uranium existe). Tous possèdent le même nombre de protons dans leur noyau (92 protons) ; tous possèdent le même nombre d'électrons en orbite autour de ce noyau (92 électrons). Les isotopes se distinguent par le nombre de neutrons que l'on trouve dans le noyau.

isotope

protons

électrons

neutrons

Proportion dans la nature

234U

92

92

142

0,006 %

235U

92

92

143

0,720 %

238U

92

92

146

99,274 %

Un isotope est donc caractérisé par le nombre de neutrons mais aussi par le nombre total de particules (protons + neutrons) que l'on trouve dans le noyau. C'est pour cette raison que l'on désigne souvent les isotopes d'un élément par ce nombre total de particules du noyau. Dans le cas de l'uranium, on distingue trois isotopes : 234U (il faut lire " Uranium 234 "), 235U, 238U.

Il existe des isotopes pour un très grand nombre d'éléments. Dans chaque cas, les isotopes d'un même élément se caractérisent par des propriétés physiques parfois très différentes. Une propriété intéressante de l'isotope 235 de l'uranium est le fait qu'il subit facilement la fission (cassure du noyau) ; cette fission s'accompagne d'un dégagement important d'énergie. Les deux autres isotopes ne possèdent pas cette propriété.

Lorsque l'on analyse la composition isotopique d'un minerai d'uranium, on trouve toujours les mêmes proportions de chacune des variétés. Ces quantités sont données dans le tableau ci-dessus.

Seul 235U possède la propriété de fission aisée. Malheureusement, il n'existe dans la nature qu'en très faibles proportions. Pour la plupart des applications, il faut disposer d'une matière contenant plus d'235U. Il faut donc procéder à un enrichissement de l'uranium. Cette opération consiste à enlever une partie des atomes peu intéressants (234U et 238U) de manière à ce que la proportion d'235U soit augmentée. L'enrichissement est un traitement très difficile et donc très coûteux réalisé dans les quelques usines spécialisées dans le monde.

Si le noyau de l'atome d'235U est bombardé par un neutron, on assiste à la capture de ce neutron par le noyau de l'atome qui compte maintenant un neutron supplémentaire :

235U   +   n°    edsc6c1.jpg (761 octets)   236U   

L'atome d'236U formé est très instable ; son noyau subit la fission dans un mécanisme du type suivant (d'autres fissions sont possibles) :

236U   edsc6c1.jpg (761 octets)   92Kr    +   141Ba   +   3 n°   +    ENERGIE

Les deux termes importants parmi les produits de cette réaction nucléaire sont :

chacun d'eux peut bombarder un nouvel atome d'235U qui est lui-même instable et qui, en se désintégrant, fournit trois neutrons,... On comprend qu'il s'agit d'un mécanisme de réaction en chaîne : dès que la réaction est initiée, elle peut se poursuivre toute seule. Le mécanisme de réaction ressemble à ce qui se passe dans les écroulements de dominos, mais ici, chaque domino qui tombe a la faculté d'en faire tomber trois autres (s'ils se trouvent trois dominos dans son champ d'action). Dans le cas de la réaction nucléaire, il faut que les neutrons fabriqués rencontrent un noyau d'235U ; la condition est donc qu'il faut une quantité suffisante de cet isotope dans le combustible.

On profitera de la croissance exponentielle du nombre de fission dans la bombe nucléaire ; dans les centrales électriques nucléaires, il faut une réaction nucléaire plus douce. Nous verrons plus loin comment on s'y prend.

au moment de la rupture du noyau d'uranium, chacun des noyaux fils est projeté très violemment. Ils cognent très vite d'autres atomes qui, sous le choc, se mettent eux aussi en mouvement. Si un grand nombre de fissions se déroule en même temps, le résultat macroscopique du phénomène sera un échauffement du combustible nucléaire.

La somme des masses des deux noyaux fils + les 3 neutrons (produits de la réaction) est très légèrement inférieure à la masse de l'atome 236U ; la différence se trouve dans l'énergie dégagée (E = m.c2).

 

>Les centrales nucléaires.

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Les centrales nucléaires sont conçues pour récupérer l'énergie qui se dégage de la fission des noyaux d'atomes ; ce sont généralement des atomes d'uranium.

Le combustible et le modérateur.

Le combustible nucléaire se présente sous la forme de pastilles empilées et disposées dans des tubes métalliques placés côte à côte. Les neutrons produits lors d'une fission dans un tube peuvent être utilisés pour produire la fission dans un tube voisin. Cependant, ces neutrons sont trop rapides pour être efficace : la réaction nucléaire nécessite des neutrons lents. Leur ralentissement est obtenu à l'aide d'un modérateur. Les chocs successifs des neutrons rapides avec les atomes du modérateur provoquent ce ralentissement. Il existe plusieurs sortes de modérateurs.

Ce peut être de l'eau ordinaire, mais celle-ci a tendance à capturer les neutrons. C'est la raison pour laquelle le combustible nucléaire utilisé doit alors être enrichi: les neutrons capturés ne sont plus disponibles. Dans les centrales nucléaires occidentales, le combustible contient environ 3% d'235U (à comparer aux 0,72% d'origine).

D'autres modérateurs fort utilisés sont le carbone graphite et l'eau lourde. Les réacteurs qui utilisent de tels modérateurs peuvent fonctionner à l'uranium naturel (non enrichi).

Dans un combustible peu ou pas enrichi, un grand nombre de neutrons provenant de la fission est perdu dans la masse des atomes non fissiles. Ainsi, on peut théoriquement s'assurer que la réaction ne sera jamais trop violente. Un emballement du réacteur est cependant possible dans certaines circonstances : cela s'est produit à Tchernobyl. Le phénomène se marque par un échauffement extraordinaire du réacteur qui fond sous l'effet de la chaleur.

Les barres de contrôle.

Entre les piles d'éléments combustibles, on dispose des barres d'une substance capable de capter des neutrons : ce sont les barres de contrôle. Pour diminuer la vitesse de la réaction nucléaire, ces barres sont enfoncées dans le cSur du réacteur. Pour activer la réaction, on extrait les barres de contrôle. L'activité du cSur peut être réglée à volonté par l'introduction plus ou moins profonde de ces barres dans le réacteur. En cas d'avarie, des mécanismes automatiques provoquent la chute des barres, entraînant ainsi la mise à l'arrêt de la centrale.

Les trois circuits d'eau.

Le réacteur est parcouru par un système de tuyauteries d'eau : c'est le circuit primaire. Au contact du combustible chaud, cette eau s'échauffe. Le cSur et le circuit primaire sont entourés d'une enceinte en béton étanche ; sauf accident, aucune matière ne peut sortir de cette enceinte de confinement.

Le circuit primaire sort de ce premier bâtiment. Il est mis en contact avec un deuxième circuit d'eau : le circuit secondaire. Il n'y a pas d'échange d'eau entre-eux. L'eau du circuit secondaire sert à faire tourner les turbines et les alternateurs de la centrale, tout comme dans une centrale classique.

Un troisième circuit d'eau provenant de l'extérieur de la centrale refroidit l'eau du circuit secondaire. On utilise généralement l'eau d'un fleuve ou de la mer.

 

Avantages et inconvénients de l'usage de l'énergie nucléaire civile.

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Les producteurs d'électricité " nucléaire " font souvent valoir quelques arguments parmi les suivants :

Parmi les inconvénients les plus souvent cités des centrales nucléaires, on peut retenir les points suivants :

 

La bombe nucléaire.

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Principe de la bombe "atomique"

Il existe deux grandes variétés de bombes nucléaires : la bombe à fission (ou bombe A) du type le plus ancien et la bombe à fusion (ou bombe H) dont le principe est basé sur la fusion d'atomes d'hydrogène, exactement comme ce qui se passe dans le cSur des étoiles. Les effets de ce ces deux types d'armes sont du même type, bien que la bombe H soit nettement plus puissante. On retiendra exclusivement le fonctionnement de la bombe A.

Dans le principe de la bombe, on utilise au mieux la croissance exponentielle de la réaction nucléaire avec le dégagement colossal et quasi instantané d'énergie que cela représente. On doit, pour cela, utiliser un combustible enrichi à plus de 93% : on augmente ainsi la probabilité qu'un neutron issu d'une fission rencontre un atome d'235U.

La quantité d'énergie libérée est énorme. On compare généralement la puissance d'une bombe nucléaire aux effets obtenus avec un explosif classique : le TNT (tri-nitrotoluène). La bombe d'Hiroshima -qui causa la destruction de la ville entraînant 60.000 morts et plus de 100.000 blessés- avait une puissance comparable à l'explosion de 20.000 tonnes de TNT. On parle d'une puissance de 20 Kilotonnes. Les engins actuels portent généralement des charges plus fortes :

Pershing IA

USA

jusqu'à 400 Kt 

Pershing 2

USA

de 5 à 50 Kt 

SS 4

ex-URSS

1.000 Kt = 1 Mégatonne 

SS 20

ex-URSS

3 x 150 Kt 

SSBS S3

FRANCE

1,2 Mt

Les seules forces nucléaires françaises disposaient en juillet 1985 d'une puissance de feu équivalent à 10.060 x Hiroshima, les chinois, 14.317 x Hiroshima ! Certains spécialistes estiment que les arsenaux du monde entier contiennent suffisamment de munitions pour tuer 20 à 30 fois toute la population du globe.

Effets de l'arme " atomique "

Aux effets destructeurs classiques de l'arme nucléaire viennent s'ajouter les effets de la radioactivité. Les rayonnements émis lors de l'explosion et par les produits de fission ont plusieurs effets connus :

Finalement, il faut encore signaler les effets qu'aurait une guerre nucléaire, même limitée, à une partie du globe. Chacune des explosions amène dans la haute atmosphère de grandes quantités de poussières. Les incendies allumés dans les villes et les forêts touchées dégagent des quantités impressionnantes de suies et de cendres qui s'accumulent également dans la haute atmosphère, obscurcissant ainsi le ciel. Une chute brutale des températures liée à une nuit permanente suivrait. Ces conditions pourraient durer plusieurs semaines à plusieurs mois : c'est l'hiver nucléaire. La plupart des végétaux succomberaient au froid et au manque de lumière (plus de photosynthèse). Les cultures (celles qui ne seraient pas contaminées) seraient entièrement détruites.

Un scénario d'une guerre limitée n'utilisant que 200 Mt envisage déjà une diminution sensible des températures. Un scénario vraisemblable de guerre limitée aux États-Unis, à l'Europe et à l'ex-URSS prévoyait :

La guerre nucléaire aurait donc probablement marqué la fin de l'histoire de l'Homme sur la Terre.

Avec la fin de la guerre froide et l'ouverture à l'Est, le spectre de cette fin du monde semble provisoirement éloigné.

 

Textes de travail.

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Pour l'utilisation de l'énergie nucléaire

Les risques liés à l'énergie nucléaire.

Répondons à plusieurs questions sur les accidents possibles dans un réacteur nucléaire.

Un réacteur nucléaire peut-il exploser comme une bombe ?

Un dégagement énergétique instantané, de très grande envergure, tel qu'il se produit dans l'explosion d'une bombe atomique, ne peut en aucun cas se produire dans un réacteur nucléaire quelles que soient les circonstances exceptionnelles dans lesquelles il pourrait se trouver.

En effet, l'explosion de grande puissance ne peut avoir lieu que si la matière fissile est en état de réagir en chaîne de manière presque instantanée, c'est-à-dire avant que l'énergie dégagée au début de la réaction n'ait eu le temps de disperser la matière qui doit encore réagir.

Une telle réaction ultra-rapide n'est possible que si la matière fissile se trouve dans un état de pureté et de concentration presque absolu ce qui n'est jamais le cas dans un réacteur.

Dès que la matière fissile 235U ou 239Pu se trouve mélangée ou associée à d'autres corps chimiques ou à d'autres isotopes 238U et 240Pu en quantité non négligeable, la réaction en chaîne ne peut se poursuivre à vitesse instantanée mais bien à une vitesse finie qui, si elle atteint une valeur importante, dégagera une quantité d'énergie suffisante pour disperser les composantes du milieu où elle se produit avant que celles-ci n'aient pu réagir en quantité importante.

Il est donc impossible qu'un réacteur explose avec la puissance d'une bombe atomique.

Un réacteur peut-il être le siège d'une impulsion d'énergie qui détruise ses structures ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer séparément les réacteurs à neutrons lents et les surrégénérateurs :

Les réacteurs à neutrons lents sont conçus et construits pour que toute modification accidentelle de leurs conditions de fonctionnement diminue leur réactivité et, partant, fasse décroître leur puissance. Pour les P.W.R., l'évaporation ou la perte d'eau de refroidissement du cSur arrêterait pratiquement la réaction en chaîne. Une augmentation de température correspond aussi à une diminution de la réactivité.

Ces réacteurs ne peuvent donc être le siège d'un brusque accroissement accidentel de puissance.

Le problème est plus complexe pour les surrégénérateurs à neutrons rapides refroidis au sodium. [Si] on ne veille pas strictement à compenser un accroissement du facteur de fission par d'autres propriétés de ce réacteur qui freinent la réaction en chaîne, lorsque les neutrons sont moins ralentis, il pourrait se produire dans ces réacteurs une brusque augmentation de puissance, appelée " excursion de puissance " si le sodium qui baigne le cSur venait à bouillir ou si le cSur se vidait de sodium.

Ce danger, qui a été signalé par les professeurs Bethe et Tait, est pris en considération par les constructeurs de réacteurs surrégénérateurs.

On calcule l'accroissement maximum possible de la puissance d'un tel réacteur qui pourrait résulter d'un vide (void) de sodium, compte tenu de la structure du cSur, des coefficients de température, de l'effet Doppler ainsi que des caractéristiques du circuit de refroidissement et des systèmes d'arrêt d'urgence.

Pour les réacteurs existants et en construction, ces calculs indiquent que le maximum d'énergie qui pourrait être développée dans le cas le plus défavorable correspondrait à l'explosion de 90 kilogrammes de T.N.T. On détermine alors la rigidité mécanique des cuves et structures de ce cSur pour que celui-ci résiste à une telle excursion de puissance.

Si un cSur de réacteur venait à fondre, peut-il constituer une masse critique qui entretienne la réaction en chaîne ?

Si un cSur de réacteur P.W.R. fondait, il ne pourrait constituer une masse critique car un tel réacteur n'est critique que si les neutrons produits dans les fissions sont adéquatement ralentis.

Or un coeur fondu ne serait qu'une boule de combustible sans modérateur et ne pourrait être critique.

Si un coeur de réacteur surrégénérateur fondait et formait une seule boule de combustible nucléaire, il pourrait former une masse critique puisque la réaction en chaîne peut se poursuivre sans ralentissement des neutrons. Pour éviter un tel accident, on prévoit sous le coeur d'un réacteur à neutrons rapides, un cendrier, structure métallique qui a pour fonction de diviser le combustible qui fondrait en plusieurs parties nettement séparées. On sait en effet, que si l'on divise une masse critique de combustible nucléaire en plusieurs parties, chacune d'elles devient sous critique et ne peut donc plus être le siège d'une réaction en chaîne.

Y a-t-il moyen d'arrêter en toute circonstance la réaction en chaîne dans un réacteur ?

Plusieurs dispositifs de contrôle de la réaction en chaîne sont prévus dans tout réacteur.

Dans les P.W.R., deux systèmes indépendants permettent d'arrêter la réaction en chaîne :

De plus, la réaction en chaîne s'arrête si le coeur vient à se vider d'eau ou ne baigne plus que dans de la vapeur.

Personne ne doute qu'en toute circonstance la réaction en chaîne peut être arrêtée dans un P.W.R.

Dans un réacteur surrégénérateur, l'arrêt de la réaction en chaîne se fait par des barres de contrôle. Deux systèmes totalement indépendants sont installés, de conception fort différente : l'un est fait de barres rigides commandées par des servomoteurs ; l'autre est constitué de chaînes souples d'éléments absorbants qui peuvent tomber dans le coeur même si celui-ci était déformé par un tremblement de terre ou une excursion de puissance. Ces deux systèmes sont réalisés par des constructeurs différents pour éviter l'utilisation de pièces semblables pouvant présenter des défauts communs. Avec ces précautions, la probabilité de ne pas pouvoir arrêter la réaction en chaîne est considérée comme extrêmement faible voire quasi nulle.

Un réacteur peut-il être endommagé après l'arrêt de la réaction en chaîne ?

Oui, s'il n'est pas adéquatement refroidi car après l'arrêt de la réaction en chaîne il se développe encore dans le combustible nucléaire une énergie thermique importante qui peut surchauffer ce combustible. Cette énergie thermique qui résulte de la radioactivité des produits de fission est inévitable et impossible arrêter.

Elle représente :

6 % de la puissance en fonctionnement immédiatement après l'arrêt ;

1,7 % de la puissance en fonctionnement après 1 heure d'arrêt ;

0,7 % de la puissance en fonctionnement après 1 jour d'arrêt ;

0,2 % de la puissance en fonctionnement après 70 jours d'arrêt.

La puissance thermique de fonctionnement d'un P.W.R. de 1.000 MWe est de 3.000 MWth. La chaleur qui continue donc à être produite dans le combustible de suite après l'arrêt de la réaction en chaîne est de 180.000 kW de puissance. Il est donc absolument nécessaire de continuer à refroidir le coeur d'un réacteur à ce moment. Si ce refroidissement vient à faire défaut dans un P.W.R. parce que l'eau autour du coeur passe à l'état de vapeur par manque de circulation ou par dépressurisation, il se produira une surchauffe du combustible qui va entraîner une réaction chimique entre le zirconium du gainage et la vapeur d'eau : Zr + H2O edsc6c1.jpg (761 octets) ZrO + H2 formant de l'oxyde de zirconium et de l'hydrogène gazeux. Le gainage oxydé va se fendre et perdre son étanchéité aux produits de fission dont les plus volatils se répandront dans le circuit primaire.

Cette surchauffe avec les conséquences indiquées, s'est produite le 28 mars 1979 dans le réacteur de Three Miles Island (E.U.). Il convient d'insister sur le danger des réactions chimiques du gainage ou du combustible avec la vapeur d'eau lors de la surchauffe du combustible. Ces réactions produisent une quantité importante d'hydrogène gazeux. Cet hydrogène reste contenu dans le circuit primaire, peut y être encombrant et constituer un obstacle au refroidissement adéquat du coeur. S'il sort du circuit primaire et s'accumule dans l'enceinte de sécurité, il s'y mélange avec l'air de cette enceinte et peut donner lieu à un mélange combustible, voire même détonant.

Si de l'hydrogène se produit en quantité importante dans le circuit primaire, il faut surtout s'abstenir de purger celui-ci dans l'enceinte de sécurité mais chercher à confiner ce gaz, en l'absence d'air, dans des réservoirs auxiliaires, ou à le combiner catalytiquement avec l'oxygène pour reformer de la vapeur d'eau. Des dispositifs de ce genre existent dans la plupart des réacteurs, mais leur vitesse de recombinaison n'est pas toujours suffisante pour faire face à une production massive d'hydrogène.

Si tout refroidissement continuait à faire défaut durant plusieurs heures encore, le reste du gainage puis le combustible pourraient atteindre la température de fusion et réagir chimiquement avec la vapeur d'eau et d'autres corps présents. Ce serait extrêmement grave.

II faut reconnaître que la probabilité d'arriver à une telle fusion du coeur a toujours été considérée comme extrêmement minime : de l'ordre de un dix millionième par année de fonctionnement d'un réacteur.

Cependant, certains ont analysé ce qui se passerait dans cette hypothèse de fusion du coeur bien qu'elle soit hautement improbable.

Le combustible fondu se rassemblerait au fond de la cuve du réacteur sans pouvoir constituer une masse critique susceptible de faire reprendre la réaction en chaîne mais en formant une masse qui continuerait à dégager la chaleur des produits de fission et qu'il serait très difficile de refroidir. Cette masse pourrait alors faire fondre, après une dizaine d'heures, le fond de la cuve du réacteur puis pénétrer dans le béton sous-jacent et traverser la base de l'enceinte de sécurité, si un refroidissement suffisant de cette base n'était pas assuré.

Cet accident d'une probabilité extrêmement faible, et qu'en conséquence on peut considérer comme tout à fait hypothétique, est appelé par les amateurs de " science-fiction ", le " syndrome chinois " puisque, poussé à l'extrême, il conduirait le coeur en fusion à entrer de plus en plus profondément dans le sol en se dirigeant vers l'antipode considéré aux États-Unis comme se trouvant en Chine !

En tout état de cause, un tel accident demanderait plus de 24 heures pour que le coeur fonde et que sa masse puisse percer l'enceinte de sécurité.

Gillon L.
Le nucléaire en question
Duculot, 1979
pp 166-169

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La sécurité des réacteurs nucléaires.

L'expérience vécue en Belgique depuis près de 20 ans témoigne de l'extrême sûreté des centrales nucléaires. BR-3 à Mol (1962), Doel 1 et 2 (1975) et Tihange 1 (1975) n'ont jamais causé le moindre dommage à la population. De même la centrale franco-belge de Chooz (1967) située en France à notre frontière n'a vu son fonctionnement perturbé, au cours de 13 années d'exploitation, que par une avarie mécanique aux pièces internes du réacteur, sans aucune conséquence radiologique.

A ce jour, quelque 20% de l'énergie électrique produite par la Belgique proviennent des centrales nucléaires. Cette contribution de l'énergie nucléaire à notre bilan énergétique se traduit par une économie annuelle de l'ordre de 2,2 millions de tonnes de pétrole brut (10% de nos importations nettes), soit une économie de 9,5 milliards de francs belges de devises par an.

Pour l'ensemble du monde, à la fin de 1980, 238 réacteurs de puissance totalisaient près de 2000 années d'exploitation cumulées et ce, sans aucun accident de personne dû à la radioactivité. Ce résultat extraordinaire, qui fait de l'énergie nucléaire une des activités les plus sûres du monde, n'est certes pas l'effet du hasard : il découle des précautions exceptionnelles qui ont, dès l'origine, entouré le développement de l'énergie nucléaire pacifique.

van den Damme R.
Le Fonctionnement et la Sûreté des Centrales Nucléaires
Intercom, février 1981

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Danger de l'énergie nucléaire.

" Ayez l'obligeance de laisser cet endroit aussi propre que vous l'avez trouvé. "

Étudiant, j'ai plusieurs fois participé à des débats sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire. J'étais du côté des " pour ". A cette époque, on caressait encore le rêve d'une source d'énergie illimitée, propre et quasi gratuite : la fin de la pauvreté dans le monde...

Vers la fin de mes études, on m'a proposé un travail auprès d'un surrégénérateur en construction, à Detroit aux États-Unis. Situé sur un îlot dans le lac Saint-Clair, l'appareil était pratiquement terminé. Les grandes usines de voitures : Ford, General Motors, inquiétées par la présence de cette centrale nucléaire dans leur voisinage, avaient intenté un procès, demandant l'arrêt des travaux.

C'est là que je devais intervenir. Il me fallait, dans un rapport détaillé, montrer que les probabilités d'accident étaient entièrement négligeables. " Et si mes conclusions sont différentes ? " ai-je ajouté semi-ironiquement. " Impossible ", m'a-t-on, très sérieusement, répondu.

Totalement désorienté, j'ai refusé le poste. Bien m'en a pris. Quelques années plus tard, un grave accident s'est produit. Le réacteur est resté hors de contrôle pendant plusieurs heures, pendant lesquelles on a dû envisager sérieusement l'évacuation de la ville de Détroit. Le bâtiment fut condamné. Contaminé pour des décennies, entouré de fils barbelés, l'îlot est maintenant inabordable.

On peut évaluer les probabilités d'un accident technique, mais non celles d'une fausse manSuvre humaine. L'accident de la centrale de Three Miles Island nous en a fourni un bel exemple. Les fausses manSuvres ne sont pas réservées aux centrales nucléaires. Mais elles y prennent une importance démesurée.

Quand une centrale hydro-électrique tombe en panne, les effets n'ameutent pas l'Europe entière et ne provoquent pas l'avènement de milliers de leucémies supplémentaires.

Je pense que le nucléaire est trop dangereux pour les humains. II y a un abîme entre les vertus héroïques requises pour sa sécurité et la pratique de la vie humaine. Les humains sont ce qu'ils sont quand la routine, la bureaucratie, le fonctionnarisme s'installent, adieu la prudence et la compétence.

Invité à l'émission Droit de réponse sur la tragédie de Tchernobyl, un jeune physicien nucléaire de Strasbourg a raconté une anecdote aussi exquise que significative. S'étant procuré des épinards contaminés par le " nuage radioactif ", les chercheurs de son laboratoire ont étudié l'effet du lavage (recommandé par les autorités officielles) sur la radioactivité du feuillage. Résultat : après des lavages répétés, diminution de moins de vingt pour cent. " Lavez, lavez, il en reste toujours beaucoup plus que vous ne pensez ".

Réaction naïve du spectateur : ce fait est-il connu, ou non connu, des autorités européennes responsables de notre sécurité ? Je laisse au lecteur la tâche d'explorer par lui-même les implications des deux branches de cette alternative...

A mon avis, ce fait on ne veut pas, ou mieux, on ne peut pas l'entendre. Les vers de Virgile que je transcris ici illustrent bien la situation présente : " Ainsi quand de leurs loges ils se sont élancés, les quadriges [de chevaux] augmentent tour à tour leur vitesse ; en vain le cocher tire sur les guides ; ses chevaux l'emportent et l'attelage reste sourd à ses rênes " (Virgile, Les Géorgiques).

L'expérience des dernières décennies a montré que l'énergie nucléaire ne remplit aucune des promesses qui la rendaient au début tellement séduisante. Elle n'est ni illimitée, ni propre, ni quasi gratuite. (Les réserves d'uranium sont très limitées, même au niveau des trop dangereux surrégénérateurs. Et les questions d'indépendance nationale se posent avec acuité ; les mines ne sont pas également distribuées entre les nations.) Mais l'industrie nucléaire a pris une telle ampleur, un tel élan, que, comme pour les quadriges de Virgile, on a perdu le contrôle. On préfère s'accrocher au mythe du lavage des épinards...

Dans certaines toilettes publiques, on lit l'inscription suivante : " Ayez l'obligeance, après usage, de laisser cet endroit aussi propre que vous l'avez trouvé. " Avec l'augmentation du nombre de réacteurs sur la planète, les accidents du type Tchernobyl risquent de se répéter, de se multiplier jusqu'à se banaliser, n'attirant même plus l'attention publique. Dans quel état laisserons-nous notre planète à nos enfants ? A nous l'énergie, à eux la saloperie...

II y a soixante ans, le plutonium était totalement absent de notre Terre. Aujourd'hui, grâce à l'opération des réacteurs, il y en a des milliers de tonnes. Dix kilos suffisent à faire une bombe atomique. Plus grave encore que la pollution radioactive, il y a la prolifération de l'armement nucléaire sur la planète.

C'est à long terme qu'il faut planifier l'utilisation des énergies naturelles. Seule l'énergie solaire peut satisfaire les exigences de l'humanité pendant des milliards d'années. Il faudra y venir tôt ou tard. Le plus tôt sera le mieux. Alors que le coût du kilowatt nucléaire s'accroît au cours du temps (et l'accident de Tchernobyl n'arrangera rien à cet égard), celui du kilowatt solaire est en diminution constante. C'est là, me semble-t-il, qu'il faut concentrer les efforts.

Reeves H.
L'heure de s'enivrer (op. cit.)
pp 225-227

A propos des trois textes précédents, réalise une synthèse des arguments pour et des arguments contre l'utilisation de l'énergie nucléaire. Si c'est possible, confronte les arguments.
Quels sont les artifices de forme ou de style utilisés par les auteurs pour tenter de convaincre leurs lecteurs.
Tire ta conclusion personnelle.

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La catastrophe de Tchernobyl

II apparaît peu contestable, en définitive, que les applications civiles de l'énergie nucléaire se sont avérées jusqu'à présent beaucoup moins dangereuses pour l'environnement que l'usage des combustibles fossiles, en dépit de leur rapide développement au cours du dernier quart de siècle.

Le risque majeur qui lui est associé ne provient finalement pas du fonctionnement normal du cycle du combustible mais est au contraire de nature accidentelle.

Bien que la probabilité d'un grave accident soit très faible, aucun de ceux survenus avant celui de Tchernobyl n'ayant présenté un impact décelable sur les populations humaines, il n'en demeure pas moins que le risque potentiel est de dimension tout à fait catastrophique en cas d'accident survenant à un réacteur en fonctionnement.

La catastrophe de Tchernobyl, par le nombre de victimes qu'elle a fait, et peut-être plus encore par les dommages économiques consécutifs à la contamination radioactive des zones de culture qu'elle a provoquée, a donné une illustration concrète des dimensions réelles de ce risque. Selon le rapport de l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire du CEA (IPSN), l'accident de Tchernobyl est survenu initialement le 25 avril 1986 à 21 h 23 GMT. Situé à 130 km au nord de Kiev, en Ukraine, le réacteur n° 3 de ce parc de quatre centrales RBMK de 1000 MW(el) faisait ce jour-là l'objet d'essais destinés à vérifier qu'un cas d'arrêt accidentel de l'alimentation électrique, les turboalternateurs pourraient fournir l'énergie nécessaire au fonctionnement des pompes avant que ne démarrent les diesels de secours. A la suite de toute une série de manipulations intempestives voire de grossières erreurs de manSuvre, les principaux paramètres de fonctionnement du réacteur (puissance, débit de l'eau dans le coeur, température, etc.) se sont peu à peu écartés de leur valeur normale. Le vendredi 25 avril à 1 h 23 (heure locale), au moment où le chef d'équipe a fait descendre les barres de contrôle qui permettent de piloter le réacteur afin de commencer l'essai prévu, il s'est produit dans la partie supérieure de ce dernier une excursion de réactivité. En quelques secondes, la puissance s'est accrue de façon exponentielle atteignant localement une valeur de cent fois supérieure à la puissance nominale. Une grande quantité de vapeur d'eau s'est alors formée avec destruction simultanée des éléments combustibles et explosion des tubes de force dans lesquels ces derniers sont plongés ! Cette hausse brutale et considérable de puissance, conjuguant probablement ses effets à une anomalie ayant déjà engendré une déficience locale du système de refroidissement, a provoqué une forte élévation de température du coeur excédant largement 1 800° C. La vapeur d'eau formée est alors entrée en réaction avec le zirconium du gainage dont l'oxydation a donné naissance à une grande quantité d'hydrogène qui s'est accumulée sous la dalle du réacteur. Toutes les conditions étaient alors réunies pour que se produise une gigantesque explosion. Celle-ci advint à 1 h 24 (soit 21 h 24 GMT). La partie supérieure du réacteur fut soufflée par la déflagration tandis que le hall qui l'abritait prenait feu, des flammes de plus de 30 m de haut jaillissant en cinq endroits au moins selon les médias soviétiques ! D'importants débris issus du réacteur furent projetés à grande distance dans l'environnement attestant de la violence de l'explosion. Parmi ces débris, des morceaux très radioactifs prouvaient que la partie haute du bloc pile avait été emportée, la dalle de chargement, la plaque supérieure du coeur ainsi que les tubulures de sortie de force détruites. Les importants dommages alors subis par le circuit primaire de refroidissement eurent pour conséquence sa vidange totale en quelques minutes et causèrent ipso facto une perte complète du refroidissement du coeur du réacteur.

La température s'éleva alors à plusieurs milliers de degrés, ce qui entraîna une rupture générale des gaines des éléments combustibles et la formation d'un corium, masse métallique en fusion constituée par les matériaux des tubes de force, les éléments combustibles et incluant les grappes de graphite dissociées.

Ces événements furent responsables de la spectaculaire élévation de la radioactivité sur le site entre 4 et 5 h GMT le samedi 26 avril, qui fut détectée 48 h plus tard en Suède. La hausse brutale de radioactivité de l'air provoqua à 1.000 km de Tchernobyl une panique générale sur le site du réacteur suédois de Forsmark, dont l'arrêt fut envisagé par mesure de précaution, les opérateurs ayant cru pendant quelque temps être en présence d'un accident non identifié qui était en train d'affecter leur propre centrale !

Par suite de la fusion du coeur, le graphite prit feu, contribuant de ce fait à entraîner des particules et des gaz radioactifs dans l'atmosphère. L'incendie, initialement dû à l'explosion d'hydrogène, suivi par celui du graphite, dura une quinzaine de jours et nécessita pour son extinction, ainsi que pour la réduction des rayonnements émis par le réacteur sinistré, des actions héroïques de la part des sauveteurs. Les fuites radioactives de l'unité endommagée furent réduites en lâchant par hélicoptères -qui s'approchaient malgré les radiations à 50 m au-dessus du toit du bâtiment éventré- quelque 5.000 t de matériaux absorbant les neutrons et autres rayonnements (sable, bore, argile, dolomie, étain, etc.), afin de constituer un bouclier au-dessus du réacteur...

Les températures atteintes dans les parties les plus chaudes du corium approchaient certainement, voire dépassaient, 3.000° C comme en atteste la détection en Suède de ruthénium 106 et de zirconium dans les particules radioactives transportées dans l'atmosphère. Un mois après l'accident, le réacteur exhalait encore des bouffées de vapeur à 200-300° C produites par l'intense chaleur résiduelle du corium, estimée comprise entre 1.000 et 1.500° C ! Les responsables des secours ont évité un accident encore plus désastreux quand le corium, ayant attaqué par endroits la dalle de béton supportant le réacteur, faillit se précipiter dans une piscine remplie d'eau située au-dessous de ce dernier qui avait été construite pour compenser des surpressions. II se serait en effet produit alors de violentes explosions de vapeur qui auraient achevé de disloquer le bâtiment du réacteur et provoqué la dispersion du corium dans l'environnement. Cela aurait accru de beaucoup l'ampleur de la catastrophe par contamination colossale des nappes phréatiques et des sols. II faut en effet savoir qu'en cas de fusion du coeur d'un réacteur de 1.000 MW, le risque potentiel de pollution de l'environnement est supérieur à celle induite un mois après l'explosion d'une bombe H d'une mégatonne ! En définitive, cet ultime désastre fut évité à Tchernobyl grâce au courage de deux plongeurs qui intervinrent pour vidanger l'eau de cette piscine.

L'impact humain de cette catastrophe ne peut être tenu pour négligeable. Les deux-cent-quatre-vingt-dix-neuf personnes qui travaillaient sur le site ou à son voisinage au moment de l'accident furent sérieusement irradiées, la plupart d'entre elles à des doses égales ou supérieures à 200 rads. Une cinquantaine d'entre elles reçurent même de 500 à 800 rads. Selon R. Gale, de Los Angeles, qui se rendit en URSS pour participer aux soins donnés aux victimes à l'hôpital de Moscou, trente-cinq greffes de moelle osseuse furent pratiquées sur les patients du groupe le plus irradié, dont vingt-cinq avaient déjà péri au début juin, et une trentaine se trouvaient dans un état critique. L'importance des irradiations subies n'a rien de surprenant quand on songe que le débit de base sur le site était encore de 50 à 100 rad.h-1 quinze jours après la catastrophe. Le niveau de radiation aurait atteint un maximum de 1.015 millirem.h-1 à la limite de la zone d'interdiction de quelque 30 km de rayon créée autour de la centrale à partir du 27 avril. Ce jour-là, entre 10 et 12 h GMT, quelque quarante-huit mille personnes furent évacuées de Tchernobyl et de tout le reste de la zone située sous le vent de la centrale, puis ultérieurement les habitants de la ville de Pripiat, au nord de celle-ci, portant à près de cent mille le nombre de personnes déplacées d'office à cause de la pollution radioactive. A celui-ci devrait être ajouté quelques centaines de milliers d'habitants de Kiev ayant décidé soit de leur propre chef, soit à l'incitation des autorités qui conseillaient aux parents d'envoyer leurs enfants en colonie de vacances, de se " mettre au vert " un certain temps.

Au total, dix-huit mille personnes ont été hospitalisées -brièvement pour la plupart- après leur évacuation, un millier d'entre elles ayant été irradiées à des doses présentant un danger immédiat pour leur santé. Enfin, deux cent vingt mille personnes ont subi des examens médicaux à la suite de la catastrophe. Selon le docteur Gale, entre cinquante et cent mille d'entre elles auraient été exposées à une irradiation suffisante pour nécessiter un contrôle médical annuel pendant le reste de leur vie !

[...]

Si l'on examine maintenant l'impact écologique du désastre en Ukraine et dans les zones limitrophes du Sud de la Biélorussie, il apparaît à l'opposé que celui-ci est très considérable en termes de ressources agricoles. Quelque 3.000 km2 de terres cultivables, d'herbages et de forêts ont été contaminés autour du site de la catastrophe à un tel degré qu'il est actuellement difficile de prédire quand cette superficie pourra être réutilisée pour la production agricole -à moins qu'elle ne soit décontaminée volontairement, ce qui constituera une entreprise gigantesque.

Par ailleurs, la production laitière d'une surface de pâturage de l'ordre de la dizaine de milliers de kilomètres carrés devra être détruite pendant quelques mois à cause de la contamination des bovins via les herbages par l'iode 131.

Enfin, des informations de source non identifiée -et peut-être exagérément alarmistes- parues dans la presse anglo-saxonne en mai 86 suggéraient que 10% des récoltes de l'Ukraine pourraient être non commercialisables à cause du dépassement des CMA [concentrations maximales admissibles pour l'alimentation humaine] pour divers radionucléides, en particulier pour le césium 137 et le strontium 90, consécutifs à leur contamination.

Ramade F.
Les catastrophes écologiques (op. cit.)
pp. 254-259

Réalise un rapport succinct des événements qui se sont déroulés lors de l'accident de Tchernobyl.

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La catastrophe de Tchernobyl

II apparaît peu contestable, en définitive, que les applications civiles de l'énergie nucléaire se sont avérées jusqu'à présent beaucoup moins dangereuses pour l'environnement que l'usage des combustibles fossiles, en dépit de leur rapide développement au cours du dernier quart de siècle.

Le risque majeur qui lui est associé ne provient finalement pas du fonctionnement normal du cycle du combustible mais est au contraire de nature accidentelle.

Bien que la probabilité d'un grave accident soit très faible, aucun de ceux survenus avant celui de Tchernobyl n'ayant présenté un impact décelable sur les populations humaines, il n'en demeure pas moins que le risque potentiel est de dimension tout à fait catastrophique en cas d'accident survenant à un réacteur en fonctionnement.

La catastrophe de Tchernobyl, par le nombre de victimes qu'elle a fait, et peut-être plus encore par les dommages économiques consécutifs à la contamination radioactive des zones de culture qu'elle a provoquée, a donné une illustration concrète des dimensions réelles de ce risque. Selon le rapport de l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire du CEA (IPSN), l'accident de Tchernobyl est survenu initialement le 25 avril 1986 à 21 h 23 GMT. Situé à 130 km au nord de Kiev, en Ukraine, le réacteur n° 3 de ce parc de quatre centrales RBMK de 1000 MW(el) faisait ce jour-là l'objet d'essais destinés à vérifier qu'un cas d'arrêt accidentel de l'alimentation électrique, les turboalternateurs pourraient fournir l'énergie nécessaire au fonctionnement des pompes avant que ne démarrent les diesels de secours. A la suite de toute une série de manipulations intempestives voire de grossières erreurs de manSuvre, les principaux paramètres de fonctionnement du réacteur (puissance, débit de l'eau dans le coeur, température, etc.) se sont peu à peu écartés de leur valeur normale. Le vendredi 25 avril à 1 h 23 (heure locale), au moment où le chef d'équipe a fait descendre les barres de contrôle qui permettent de piloter le réacteur afin de commencer l'essai prévu, il s'est produit dans la partie supérieure de ce dernier une excursion de réactivité. En quelques secondes, la puissance s'est accrue de façon exponentielle atteignant localement une valeur de cent fois supérieure à la puissance nominale. Une grande quantité de vapeur d'eau s'est alors formée avec destruction simultanée des éléments combustibles et explosion des tubes de force dans lesquels ces derniers sont plongés ! Cette hausse brutale et considérable de puissance, conjuguant probablement ses effets à une anomalie ayant déjà engendré une déficience locale du système de refroidissement, a provoqué une forte élévation de température du coeur excédant largement 1 800° C. La vapeur d'eau formée est alors entrée en réaction avec le zirconium du gainage dont l'oxydation a donné naissance à une grande quantité d'hydrogène qui s'est accumulée sous la dalle du réacteur. Toutes les conditions étaient alors réunies pour que se produise une gigantesque explosion. Celle-ci advint à 1 h 24 (soit 21 h 24 GMT). La partie supérieure du réacteur fut soufflée par la déflagration tandis que le hall qui l'abritait prenait feu, des flammes de plus de 30 m de haut jaillissant en cinq endroits au moins selon les médias soviétiques ! D'importants débris issus du réacteur furent projetés à grande distance dans l'environnement attestant de la violence de l'explosion. Parmi ces débris, des morceaux très radioactifs prouvaient que la partie haute du bloc pile avait été emportée, la dalle de chargement, la plaque supérieure du coeur ainsi que les tubulures de sortie de force détruites. Les importants dommages alors subis par le circuit primaire de refroidissement eurent pour conséquence sa vidange totale en quelques minutes et causèrent ipso facto une perte complète du refroidissement du coeur du réacteur.

La température s'éleva alors à plusieurs milliers de degrés, ce qui entraîna une rupture générale des gaines des éléments combustibles et la formation d'un corium, masse métallique en fusion constituée par les matériaux des tubes de force, les éléments combustibles et incluant les grappes de graphite dissociées.

Ces événements furent responsables de la spectaculaire élévation de la radioactivité sur le site entre 4 et 5 h GMT le samedi 26 avril, qui fut détectée 48 h plus tard en Suède. La hausse brutale de radioactivité de l'air provoqua à 1.000 km de Tchernobyl une panique générale sur le site du réacteur suédois de Forsmark, dont l'arrêt fut envisagé par mesure de précaution, les opérateurs ayant cru pendant quelque temps être en présence d'un accident non identifié qui était en train d'affecter leur propre centrale !

Par suite de la fusion du coeur, le graphite prit feu, contribuant de ce fait à entraîner des particules et des gaz radioactifs dans l'atmosphère. L'incendie, initialement dû à l'explosion d'hydrogène, suivi par celui du graphite, dura une quinzaine de jours et nécessita pour son extinction, ainsi que pour la réduction des rayonnements émis par le réacteur sinistré, des actions héroïques de la part des sauveteurs. Les fuites radioactives de l'unité endommagée furent réduites en lâchant par hélicoptères -qui s'approchaient malgré les radiations à 50 m au-dessus du toit du bâtiment éventré- quelque 5.000 t de matériaux absorbant les neutrons et autres rayonnements (sable, bore, argile, dolomie, étain, etc.), afin de constituer un bouclier au-dessus du réacteur...

Les températures atteintes dans les parties les plus chaudes du corium approchaient certainement, voire dépassaient, 3.000° C comme en atteste la détection en Suède de ruthénium 106 et de zirconium dans les particules radioactives transportées dans l'atmosphère. Un mois après l'accident, le réacteur exhalait encore des bouffées de vapeur à 200-300° C produites par l'intense chaleur résiduelle du corium, estimée comprise entre 1.000 et 1.500° C ! Les responsables des secours ont évité un accident encore plus désastreux quand le corium, ayant attaqué par endroits la dalle de béton supportant le réacteur, faillit se précipiter dans une piscine remplie d'eau située au-dessous de ce dernier qui avait été construite pour compenser des surpressions. II se serait en effet produit alors de violentes explosions de vapeur qui auraient achevé de disloquer le bâtiment du réacteur et provoqué la dispersion du corium dans l'environnement. Cela aurait accru de beaucoup l'ampleur de la catastrophe par contamination colossale des nappes phréatiques et des sols. II faut en effet savoir qu'en cas de fusion du coeur d'un réacteur de 1.000 MW, le risque potentiel de pollution de l'environnement est supérieur à celle induite un mois après l'explosion d'une bombe H d'une mégatonne ! En définitive, cet ultime désastre fut évité à Tchernobyl grâce au courage de deux plongeurs qui intervinrent pour vidanger l'eau de cette piscine.

L'impact humain de cette catastrophe ne peut être tenu pour négligeable. Les deux-cent-quatre-vingt-dix-neuf personnes qui travaillaient sur le site ou à son voisinage au moment de l'accident furent sérieusement irradiées, la plupart d'entre elles à des doses égales ou supérieures à 200 rads. Une cinquantaine d'entre elles reçurent même de 500 à 800 rads. Selon R. Gale, de Los Angeles, qui se rendit en URSS pour participer aux soins donnés aux victimes à l'hôpital de Moscou, trente-cinq greffes de moelle osseuse furent pratiquées sur les patients du groupe le plus irradié, dont vingt-cinq avaient déjà péri au début juin, et une trentaine se trouvaient dans un état critique. L'importance des irradiations subies n'a rien de surprenant quand on songe que le débit de base sur le site était encore de 50 à 100 rad.h-1 quinze jours après la catastrophe. Le niveau de radiation aurait atteint un maximum de 1.015 millirem.h-1 à la limite de la zone d'interdiction de quelque 30 km de rayon créée autour de la centrale à partir du 27 avril. Ce jour-là, entre 10 et 12 h GMT, quelque quarante-huit mille personnes furent évacuées de Tchernobyl et de tout le reste de la zone située sous le vent de la centrale, puis ultérieurement les habitants de la ville de Pripiat, au nord de celle-ci, portant à près de cent mille le nombre de personnes déplacées d'office à cause de la pollution radioactive. A celui-ci devrait être ajouté quelques centaines de milliers d'habitants de Kiev ayant décidé soit de leur propre chef, soit à l'incitation des autorités qui conseillaient aux parents d'envoyer leurs enfants en colonie de vacances, de se " mettre au vert " un certain temps.

Au total, dix-huit mille personnes ont été hospitalisées -brièvement pour la plupart- après leur évacuation, un millier d'entre elles ayant été irradiées à des doses présentant un danger immédiat pour leur santé. Enfin, deux cent vingt mille personnes ont subi des examens médicaux à la suite de la catastrophe. Selon le docteur Gale, entre cinquante et cent mille d'entre elles auraient été exposées à une irradiation suffisante pour nécessiter un contrôle médical annuel pendant le reste de leur vie !

[...]

Si l'on examine maintenant l'impact écologique du désastre en Ukraine et dans les zones limitrophes du Sud de la Biélorussie, il apparaît à l'opposé que celui-ci est très considérable en termes de ressources agricoles. Quelque 3.000 km2 de terres cultivables, d'herbages et de forêts ont été contaminés autour du site de la catastrophe à un tel degré qu'il est actuellement difficile de prédire quand cette superficie pourra être réutilisée pour la production agricole -à moins qu'elle ne soit décontaminée volontairement, ce qui constituera une entreprise gigantesque.

Par ailleurs, la production laitière d'une surface de pâturage de l'ordre de la dizaine de milliers de kilomètres carrés devra être détruite pendant quelques mois à cause de la contamination des bovins via les herbages par l'iode 131.

Enfin, des informations de source non identifiée -et peut-être exagérément alarmistes- parues dans la presse anglo-saxonne en mai 86 suggéraient que 10% des récoltes de l'Ukraine pourraient être non commercialisables à cause du dépassement des CMA [concentrations maximales admissibles pour l'alimentation humaine] pour divers radionucléides, en particulier pour le césium 137 et le strontium 90, consécutifs à leur contamination.

Ramade F.
Les catastrophes écologiques (op. cit.)
pp. 254-259

Réalise un rapport succinct des événements qui se sont déroulés lors de l'accident de Tchernobyl.

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Les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl.

La vérité des scientifiques

Des contacts personnels établis avec différents biologistes qui travaillent régulièrement dans la zone accidentée permettent de dresser quelques bilans de la situation radiologique dans la région. Bilans provisoires sans doute et non officiels, mais cependant moins alarmistes que ceux qui transparaissent dans la presse. C'est ainsi que, depuis l'accident, le nombre des sangliers dans la zone contaminée était passé, en 1991, de deux cents à trois mille, tandis qu'une dizaine de meutes de loups disputent à présent aux renards des lapins en prolifération anarchique, malgré une altération évidente de leur composition sanguine. Cette explosion de la vie sauvage dans une région contaminée par une radioactivité élevée, mais désertée par ses habitants témoigne que l'homme reste bien la menace la plus grave qui pèse sur la nature.

Un biologiste russe qui a déjà passé quinze ans sur les lieux d'une autre catastrophe nucléaire, à Kychtym, dans l'Oural et qui, depuis 1986, étudie les effets de l'accident de Tchernobyl déclare n'avoir jamais diagnostiqué la moindre anomalie génétique chez les milliers d'animaux sauvages (mammifères et oiseaux) qu'il a eu l'occasion d'examiner en vingt ans de carrière. Et pourtant, les doses encaissées par ces animaux dépassent de très loin tout ce que les habitants du lieu ont jamais pu recevoir avant d'être évacués. Un entomologiste avoue un constat similaire : des malformations attribuables aux radiations n'ont pu être observées que chez les insectes nés immédiatement après l'accident, c'est-à-dire chez ceux qui ont été irradiés après la ponte, dans l'Suf ou à l'état de larves.

Tous confirment que l'accroissement du nombre des cancers en Ukraine et en Biélorussie est antérieur à l'accident du réacteur ; on nous a signalé le cas de deux villes industrielles, totalement épargnées par la radioactivité mais où l'incidence des cancers ne cesse d'inquiéter.

Quant aux " enfants chauves de Tchernobyl ", ceux-là mêmes qui avaient tellement bouleversé les téléspectateurs européens, ils étaient en réalité originaires de Tchernovtsi, une ville du sud de l'Ukraine, située à 450 km à vol d'oiseau du réacteur accidenté, dans une région totalement épargnée par les retombées radioactives. Ces gosses avaient été les malheureuses victimes d'un empoisonnement au thallium, un élément hautement toxique, utilisé comme rodenticide et bien connu pour ses effets sur le système pileux !

Les conséquences de Tchernobyl dans l'ex-URSS.

Un comité d'experts composé de scientifiques et de médecins issus d'universités et d'institutions scientifiques du monde entier a publié, en 1991, un rapport sur les conséquences radiologiques de l'accident de Tchernobyl. Ce rapport a été conçu de manière à répondre aux recommandations de la Commission des Communautés Européennes, de la FAO, de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, de la Commission Internationale de Protection Radiologique, de l'Organisation Mondiale de la Santé et de divers autres organismes dont on ne peut certainement pas mettre en doute ni le sérieux ni le poids scientifique.

Publié par l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, c'est probablement le compte-rendu le plus détaillé et le plus objectif qui ait jamais été produit sur l'accident ; il est intitulé :

"The International Chernobyl Project : Technical Report

Assessment of Radiological Consequences

and Evaluation of Protective Measures"

Résumons les quelques affirmations les plus marquantes de ce rapport pour en souligner l'allure apaisante.

En gros, donc, les conclusions reprises dans ce rapport s'alignent sur celles produites par les autorités soviétiques.

Ronneau C.
Energie Pollution Environnement
De Boeck, Bruxelles, 1993.
pp. 125-127

Le Pr Ronneau, auteur de ce texte est un chimiste qui enseigne à l'UCL et travaille dans un laboratoire de chimie minérale et nucléaire. Cette information est-elle utile pour évaluer ses arguments ?
Que faut-il penser du titre de paragraphe de l'auteur : " la vérité des scientifiques " ?

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Après Tchernobyl, selon une journaliste ukrainienne.

Selon les données du Comité d'Etat de l'hydrologie et de la météorologie, en Union Soviétique, quatre régions de Russie, cinq d'Ukraine et cinq de Biélorussie ont été soumises à une radioactivité intense. On sait que les premiers jours après l'accident, 116 000 personnes ont été évacuées. Environ 144 000 hectares de terres agricoles ont été saupoudrés de radionucléides et ont dû être gelés. C'est la zone morte.

Mais quelle est la superficie des terres contaminées sur lesquelles on laboure, on sème, on récolte ?! Jusqu'à présent, selon les seules données officielles, dans les trois républiques soumises à une " pulvérisation " de radionucléides particulièrement active -de un à cent curies ou plus- les terres agricoles contaminées par le césium occupent environ 10 millions d'hectares, dont plus de trois sont extrêmement fertiles.

Ukraine. 377 500 hectares de terres contaminées, avec des doses de cinq curies ou plus au km². Plus de 3 316 000 hectares avec moins de cinq curies. Ce sont là des données présentées à la commission d'expertise. Selon les données du département de radiologie de la Direction de l'agro-alimentaire d'Ukraine, qui m'ont été communiquées sur ma demande, les terres agricoles sont contaminées en Ukraine sur une superficie de 7 220 000 hectares. Les régions de Kiev, N. Stépanenko, plus de 1 600 000 hectares de terres de cette région ont été irradiées. Dans la région de Jitomir, la superficie totale des territoires contaminés se monte à 466 700 hectares.

Biélorussie. 7 000 km² de terres radioactives. Le cinquième des terres agricoles est particulièrement dangereux pour l'homme. C'est la région de Moguilev qui a subi le destin le plus tragique : elle comprend 1 430 km² de terres contaminées par les radionucléides.

Russie. C'est là un cas particulier. Le programme de liquidation des suites de l'accident que le Conseil des ministres de la Fédération de Russie a présenté au Comité d'expertise se composait... d'une seule région, celle de Briansk. Selon des données non officielles, 5 500 km² de terres situées dans sept régions occidentales sont contaminées, et selon les données officielles, 1 000. L'expertise n'a pas mentionné l'existence de la zone Orel-Kalouga-Toula, où la teneur de la pollution en césium 137 atteint environ cinq curies au km², et même quinze curies dans la ville de Plavsk, située dans la région de Toula. La radioactivité s'étend sur 2 000 km².

Yarochinskaya A.
Tchernobyl, vérité interdite
Artel, Louvain-la-Neuve, 1993.
pp. 75-77

A propos des deux textes précédents, réalise une synthèse des arguments de chacun des auteurs. Si c'est possible, confronte les arguments. Haut de la page

La première bombe atomique.

A l'altitude de 1200 m, le capitaine William S. Parsons se glissa dans le compartiment de la bombe et commença à monter le dispositif d'élévation du gros engin de 45 quintaux couché au fond. Il travailla pendant 25 minutes. On avait choisi cette altitude de 1200 m pour que l'Enola Gay ne risque pas d'être gêné par les six cents B.29 qui, au même moment, rentraient d'une attaque massive contre le Japon.

Tout se déroula selon un programme soigneusement minuté.

A 5h52, l'Enola Gay est à 2500 mètres.

A 6h05, il survole Iwojima et met le cap sur le Japon, escorté par un autre B.29, The Great Artist.

A 7h30, le capitaine Parsons branche l'engin.

A 7h40, l'Enola Gay commence son ascension vers les 9150 m qui lui ont été fixés. Il est alors 6h40 aux horloges japonaises qui se trouvent dans un fuseau horaire différent.

A 7h09 -heure japonaise- l'avion météorologique Straight Flush qui volait depuis plus de six heures, s'approche de la ville fixée par le plan d'opération. Les nuages qui formaient une couche blanche uniforme sous les ailes de l'appareil s'ouvrent brusquement.

[...]

A 7h47, l'Enola Gay survole les côtes de l'île de Schikokou.

A 8h09, Hiroshima apparaît dans l'ouverture des nuages signalés par le Straight Flush. " Baissez les lunettes ", ordonne Tibbets.

A 8h11, après un virage de 90° nord-nord-ouest, l'Enola Gay se place en position de lancement, en sortant brusquement des nuages. Il doit être visible du sol.

A 8h14 et 17 secondes, le commandant Tom Ferebee encadre dans son objectif un pont sur le fleuve, l'Ota.

A 8h15 et 2 secondes, la radio annonce que l'on est à 15 secondes du lancement de la bombe.

A 8h15 et 17 secondes, " la bombe " -Little Boy- pique dans le ciel. L'explosion doit avoir lieu 43 secondes plus tard. Tibbets se met à compter jusqu'à 43 en effectuant un virage rapide à 158°. A onze milles du point de lancement, deux ondes de choc frappent l'une après l'autre l'Enola Gay et le secouent violemment. Le capitaine Lewis se retourne pour regarder. " Mon Dieu, qu'avons-nous fait " fut son seul commentaire.

Delmas C.
La bombe atomique
Ed. Complexe, Bruxelles, 1985.

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Éclair, pluie d'huile, sang cuit, terre de cendres.

Un parachute rouge. Une boule fulgurante. Le ciel jaune puis blanc. Des gouttes d'encre de Chine. Une procession de fantômes nus. Sur le crâne, des larmes pétrifiées par le feu.

L'état d'urgence est permanent au Japon. Usé, privé de tout, mais fanatisé et désinformé, le peuple croit toujours à la victoire.

Le 6 août à Hiroshima, le 5 août à Washington. Les sirènes ont hurlé toute la nuit. Le soleil s'est levé. Il souligne sur le ciel les ondulations des collines qui ceinturent la ville. Tadashi Hasigawa, 14 ans, se baigne dans la rivière.

Vers 7 heures, les sirènes, à nouveau. " C'est rare le matin ", remarque le père de Keiji Nakazawa, 6 ans. L'alerte dérange à peine la population. Keiji prend son cartable et part à l'école.

Dans un village proche, le Dr Shuntaro Hida fait une piqûre à un enfant.

- L'éclair, une chaleur intense. On s'est tous jetés à terre, se souvient le Dr Hida.

Puis le souffle, neuf fois supérieur à celui du typhon. Une pluie noire, seul signe visible du poison libéré par l'explosion.

- J'ai entendu un ronflement. J'ai regardé. Il y avait un parachute rouge. J'ai cru que la lumière du soleil m'avait bouché les yeux. D'un coup le ciel est devenu jaune. Puis tout blanc, dit Tadashi Hasigawa.

- Comme la foudre, un éclair gigantesque envahit le ciel. Une boule géante fulgurante, rouge, blanche... incandescence absolue.

Keiji s'est évanoui.

Là-haut, furtivement, " Enola Gay " vient de lâcher la bombe.

LES SEINS BLEUS

L'apocalypse nucléaire ne se raconte pas. Mais parmi d'autres, le témoignage de Keiji Nakazawa en livre les couleurs. Quand il reprend ses esprits, Keiji voit les maisons de sa ville écrasées comme par un coup de fouet monstrueux. Une fumée grise emplit le ciel, comme des gouttes d'encre de Chine se diluant à la surface de l'eau.

Les ombres qu'il croise sont des corps hérissés de sortes de fléchettes. L'une a les paupières clouées par des tessons tranchants, une autre a les seins bleus. Il comprendra plus tard : des seins criblés de verre...

- Une véritable procession de fantômes nus, la peu en lambeaux, lacérée par le verre. De chaque blessure suinte un sang grisâtre, desséché, cuit !

Avec une note démoniaque : seules les chemises blanches semblent intactes. Le régime militaire interdisait les vêtements voyants. Le blanc a réfléchi le rayonnement de l'éclair atomique comme un miroir.

Keiji cherche sa mère, la trouve sur un trottoir. la chute d'un morceau de toit l'a provisoirement sauvée. Mais pas son mari. ni Susumu, le cadet dont elle tenait pourtant les jambes. Jusqu'au dernier jour, elle se sentira coupable d'avoir survécu sans les avoir sauvés. Brûlés vifs en hurlant dans les ruines. Elle a aussi perdu son gros ventre. Une petite sSur du nom de Tomoko est brutalement née.

Le ciel s'assombrit. Il tombe des gouttes noires. On dirait de l'huile. Une rumeur. Les américains jettent du gazole. Tout Hiroshima parle de pika don, " éclair-tonnerre ", mais ignore que cette pluie est chargée d'éléments radioactifs.

Le ciel est rouge la nuit. La ville brûle. Keiji entend comme un essaim gémir : Mizou... mizou... mizou... De l'eau. Des gens supplient, avalent quelques gorgées puis meurent.

La ville, le lendemain, n'est plus que chaleur, odeur de fumée, de mort, de décomposition, de brûlé, un marécage tropical qui donne envie de vomir.

LA MÊME CHOSE QU'À HIROSHIMA

Arrivent, dans les jours qui suivent, des soldats envoyés pour amasser les cadavres. Dont l'oncle de Keiji qui parle des corps qui flottent et couvrent les sept bras du delta du fleuve Ota. L'oncle mourra peu après...

Je ne trouvais pas de quoi les gens souffraient, dit le Dr Hida. Après deux ou trois jours, ils perdaient leurs cheveux. Ils avaient de curieux symptômes : nausées, diarrhées, fièvres, vomissements.

Keiji parle de sinistre ikebana, évoquant l'art floral à la vue de membres humains calcinés qui dépassent de décombres fondus comme sucres d'orge. Décès subits, colites, hémorragies, dysenteries, leucémies foudroyantes, cancers aigus révéleront la capacité de destruction de cette nouvelle arme qui tue le présent et l'avenir.

Six heures après l'explosion, l'état-major en connaît la nature.

- Quand on ouvrait les corps, les organes étaient pleins de sang. Plus tard j'ai appris que la radioactivité fragilisait les vaisseaux. Le sang se répandait dans tout le corps, dit le Dr Yokoro. L'armée sait mais ne parle pas de radioactivité. On dit à la population de lutter, de mélanger de l'eau douce et de l'eau de mer pour guérir. Un médecin m'en parlera au bout de onze jours.

Nikito Yamada vient de terminer l'école d'infirmières à Tokyo. Elle rentre ce matin près de Nagasaki. Le train est stoppé à Hiroshima. Nous avons marché jusqu'a la ville. Je me suis surtout occupée des enfants qui étaient réunis dans une gare. Puis elle regagne son village, à quarante minutes de train de Nagasaki. Je séchais du linge le 9 août. A cette distance j'ai entendu l'explosion. J'ai vu le nuage. Chez moi les tuiles volaient. La pluie noire est tombée. Avec d'autres, nous sommes allées à Nagasaki. J'ai tout de suite compris que c'était la même forme de bombe qu'à Hiroshima. Une semaine plus tard, Nikito Yamada commençait à perdre ses cheveux. Elle était prise de nausées.

BLANC COMME DE LA CENDRE

Plusieurs semaines ont passé. Irradié, Tadashi Hasigawa est hospitalisé.

- J'avais le corps très très chaud. L'impression, quand je voulais respirer, que l'air ne rentrait pas.

Il quitte l'hôpital le 30 novembre puis est soumis à des contrôles réguliers. Mes plaies se sont très vite guéries. Il subira quinze opérations. Il vit. J'ai été béni par les dieux. Trois Jésuites m'ont beaucoup aidé à survivre. J'ai promis, si je gardais la santé, d'aider à quelque chose.

La terre est devenue blanche comme de la cendre. Comme le crâne de Susumu, tout blanc, que Keiji retrouve dans les ruines de sa maison, sous le soleil qui chauffe. J'ai froid et je tremble. L'impression que mon sang coule à I'envers, dit-il, tandis que son frère aîné trouve dans les décombres de l'atelier le crâne de leur père.

- J'ai pris son crâne. J'ai nettoyé les traces noires autour des orbites, sortes de larmes pétrifiées par le feu. Puis je l'ai posé dans mon seau.

Au soir du 17 septembre, un typhon arrache les restes d'Hiroshima, tuant mille personnes et détruisant encore deux mille maisons de fortune. Réfugiée dans le quartier d'Eba, la mère de Keiji est pliée en deux de mal au ventre. A la recherche de nourriture, il part avec son frère aîné plonger sous le pont Aioïbashi à la pêche aux crevettes qui nagent sur un fond blanc d'ossements humains.

La famine contraint la maman de Keiji à cesser d'allaiter la petite Tomoko, pour laquelle il prépare ce soir là une soupe de riz qu'il fait avaler au bébé, avec un morceau de coton enveloppé de gaze. Puis il s'étend près de Tomoko et sent soudain sa main toute froide. Elle est morte.

L'armée américaine est arrivée un mois après l'explosion et a installé son bureau ABCC (Atomic bomb casuality commission) dans un coin de l'hôpital de la Croix-Rouge. Mission : la collecte d'informations scientifiques sur les effets de la bombe. À l'approche de l'hiver, retour au centre d'Hiroshima. Un bâtiment de béton proche de l'hypocentre, déformé mais encore solide, sert d'école, qui devient vite un lieu de prédilection pour ces curieux hommes d'ABCC.

Keiji interroge un copain. Est-ce qu'ils t'ont donné à manger ? Réponse gênée. Non. Ils m'ont fait déshabiller, tout nu, pour me prendre le sang et m'examiner jusqu'au bout du zizi, devant tout le monde.

Dans les mois et les années qui suivent, le marché noir se développe autour du dôme de l'épicentre où se regroupent beaucoup d'orphelins. C'est ici que les yakusa (la mafia japonaise) recrutent.

DES HOMMES ET DES FLEURS

Neuf ans après la bombe, la mère de Keiji est prise de migraines, de bourdonnements d'oreille. Un médecin l'envoie à la consultation d'ABCC. Examen général et gynécologique approfondi, prélèvements de sang. Dont elle ne recevra jamais les résultats. Mais un jour, elle lira sur son dossier la mention " échantillon ". En 1959, elle est transportée à l'hôpital atomique (construit en 1956), pour une hémorragie cérébrale. Elle y est soignée avec d'autres hibakushi, les personnes reconnues blessées par irradiation. Elle meurt en octobre 1966, l'année du mariage de Keiji.

- Les hommes d'ABCC, vite informés du décès, sont venus avec des fleurs et de l'argent Ils voulaient effectuer des prélève prélèvements sur son corps.

Après la crémation, les familles récupèrent, pour les déposer dans l'urne, les os et les cendres avec des baguettes de bambou. Keiji et son frère n'ont plus rien trouvé.

- Le corps irradié de notre mère s'était consumé de l'intérieur depuis ce 6 août 1945.

HAQUIN R.
Le Soir, 5 & 6 août 1995.

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Einstein et la bombe atomique.

Les physiciens européens émigrés aux États-Unis suivaient avec anxiété les nouvelles qui leur venaient de leurs anciens pays. Ils n'imaginaient pas que le Ille Reich pourrait laisser au stade théorique la découverte d'Hahn et de Strassmann. Leurs craintes se confirmèrent lorsqu'ils apprirent que le gouvernement allemand avait brusquement interdit l'exportation de l'uranium des mines tchécoslovaques. Ils pensèrent qu'Einstein pourrait intervenir efficacement auprès des dirigeants américains, bien que le 12 janvier 1935, comme on lui demandait s'il croyait que les savants parviendraient à utiliser pour des fins pratiques la conversion de la matière en énergie, il avait répondu : " Autant vaudrait tirer contre des oiseaux dans la nuit, au milieu d'une compagne où les oiseaux seraient extrêmement rares " -et il avait précisé devant Leo Szilard que cela ne lui était jamais venu à l'idée. Einstein avait tenu une place considérable dans l'évolution des idées, mais il avait été absent des recherches sur la structure de l'atome. Son prestige était néanmoins tel que son intervention pouvait être efficace.

Les dirigeants américains étaient sceptiques. Le 16 mars 1939, Enrico Fermi avait tenté d'intéresser à ses travaux l'amiral Hooper, la Marine étant le seul secteur militaire disposant alors de fonds pour la recherche. Après lui avoir rappelé le résultat de ses expériences, il précisa : " Il en découle que l'uranium peut être utilisé comme explosif, puisqu'une livre d'uranium libérerait une énergie équivalente à un million de fois celle de tout autre explosif connu. " Il ne cachait pas qu'à son avis " les possibilités de succès sont plutôt minces ", mais il ne voulait négliger aucune possibilité, et il insista sur le danger que représenterait un succès des Allemands dans ce domaine. " Il ne faut pas oublier, dira-t-il plus tard, qu'au mois de mars 1939, une bombe atomique apparaissait comme très peu vraisemblable, et que nous n'étions pas très sûrs de ne pas poursuivre une chimère ". Ne fut-il pas assez convaincant ? Toujours est-il que sa démarche resta sans suite. Le 10 juillet 1939, Ross Gunn confirma la position de l'amiral Hooper en écrivant à Léo Szilard : " Il apparaît presque impossible, eu égard aux restrictions imposées aux contrats gouvernementaux, que les Forces armées concluent des accords quelconques capables de vous être utiles. Je suis navré de cette situation, mais je ne vois pas d'issue ."

Le conseiller privé de Roosevelt pour les problèmes économiques, Alexander Sachs, se montra moins réservé, et il suggéra à Szilard de préparer un dossier sur les recherches atomiques, qui serait soumis au Président, accompagné d'une lettre signée par un savant de grand renom. Celui-ci ne pouvait être qu'Einstein. Le 2 août 1939, Albert Einstein signa le premier document officiel demandant à un gouvernement de fabriquer une bombe atomique : " ...Au cours des quatre mois qui viennent de s'écouler, les recherches de Joliot en France, de Fermi et de Szilard aux États-Unis ont développé considérablement les possibilités de provoquer une réaction en chaîne qui libérerait dans une grosse masse d'uranium des quantités énormes d'énergie (...) Ce nouveau phénomène pourrait conduire également à la fabrication de bombes dotées d'une puissance énorme. " Einstein souhaitait des contacts permanents entre le gouvernement et les physiciens atomistes afin d'accélérer les travaux en cours et de financer les recherches futures ; il annonçait que l'Allemagne avait interrompu la vente de l'uranium extrait des mines tchécoslovaques, et il ajoutait : " La promptitude avec laquelle a été prise cette mesure s'explique par la coïncidence suivante : que le fils du sous-secrétaire d'état allemand von Weizsächer fait partie de l'Institut Kaiser Wilhelm de Berlin. " Ces mots soulignaient la crainte que les savants éprouvaient à l'égard des travaux allemands.

Roosevelt ne répondit à Einstein que le 19 octobre, soit deux mois et dix-sept jours plus tard. Sachs ne lui avait remis la lettre que le 11 octobre, en invoquant la concentration de l'attention du président sur l'aggravation de la situation internationale. Roosevelt était absorbé par le souci de revenir sur les restrictions que le Neutrality Act imposait à une intervention des États-Unis. Le 10 octobre, il eut l'assurance que le Congrès voterait l'abolition de ce Neutrality Act. Sachs en profita, en utilisant une anecdote. Pendant les guerres napoléoniennes, Fulton proposa à l'empereur de construire des navires à vapeur grâce auxquels il pourrait débarquer en Angleterre même avec des vents contraires. En refusant de fabriquer une bombe atomique, les États-Unis ne commettraient-ils pas une erreur comparable à celle de Napoléon ? Cette comparaison frappa Roosevelt, qui dit simplement : " Il faut agir. " Il créa un " Comité consultatif de l'uranium ", composé de Lyman Briggs, président du Bureau of Standards, du lieutenant-colonel Keith F. Adamson, de l'armée de Terre et du commandant Gilbert C. Hoover, de la Marine. Le projet atomique américain démarrait.

Il était l'Suvre de cinq hommes : Albert Einstein, Alexander Sachs, et trois physiciens d'origine hongroise, Léo Szilard, Eugen Wigner et Edward Teller. Les premiers fonds -6 000 dollars- ne furent attribués que le 20 février 1940. Szilard et Sachs décidèrent de faire intervenir une seconde fois Einstein qui, le 7 mars 1940, écrivit à Sachs, à l'intention de Roosevelt : " Je viens d'apprendre que les recherches menées en Allemagne sur l'uranium sont poursuivies dans le plus grand secret et ont été étendues à un autre secteur de l'Institut Kaiser Wilhelm de Berlin, sous la direction de C.F. von Weizsächer. " Einstein fut invité à une réunion du " Comité consultatif de l'uranium " le 5 avril. Il déclina cette invitation Il ne jouera plus aucun rôle dans la fabrication de la bombe atomique, et c'est par la presse qu'il apprit le bombardement d'Hiroshima.

[...] on ignore quels sentiments provoqua en [Roosevelt] la lettre d'Einstein du 7 mars. Sans doute souhaitait-il la participation d'Einstein à la réunion du Comité consultatif du 5 avril. Or Einstein refusa. Si l'on en croit son exécuteur testamentaire Otto Nathan, Einstein se contenta de signer les lettres du 2 août 1939 et du 7 mars 1940, bien qu'il en ait soumis un projet à Léo Szilard. Fut-il l'inspirateur de la démarche, ou le porte-parole de Léo Szilard, Eugen Wigner et Edward Teller ? On ne peut que poser la question. Plus tard, Einstein dira : " Si j'avais su, je n'aurais jamais signé cette lettre ".

Delmas C.
La bombe atomique
Ed. Complexe, Bruxelles, 1985.
pp. 57-61

Confronte le contenu de ce texte avec les idées développées par Einstein dans le texte intitulé " La responsabilité morale du savant " du premier chapitre de ces notes. Haut de la page

L'hiver nucléaire

Pendant la " guerre froide " les deux blocs ont fondé leur stratégie militaire sur " l'équilibre de la terreur " résultant d'une dissuasion de l'adversaire. Tout agresseur s'exposerait automatiquement à des représailles nucléaires massives de la partie qui en serait victime. Il s'est accumulé de la sorte, dans le monde en environ trois décennies une quantité totale d'ogives nucléaires estimée à 25.000 mégatonnes (MT ; 1 MT représentant 1 million de tonnes de TNT) ! Au cours des années soixante-dix, on pouvait lire dans la revue de l'armée soviétique L'Étoile rouge des articles intitulés " Gagner une guerre nucléaire " et des textes de même teneur émanaient du Pentagone.

En réalité, l'absurdité flagrante de tels propos était manifeste, du fait des conséquences apocalyptiques qu'une guerre nucléaire aurait induites pour toutes les parties : on a estimé qu'un conflit de 5.000 MT (dit limité...) provoquerait dans les premières 48 heures la mort de 130 millions de Soviétiques, de 200 millions d'Européens et de 140 millions d'Américains. Pis encore, les recherches effectuées depuis la fin des années soixante-dix ont suggéré qu'un tel conflit pourrait provoquer une catastrophe écologique globale aux conséquences quasi irréversibles, due aux effets des explosions, des incendies et des retombées radioactives. Réalisées de façon indépendante par des scientifiques occidentaux et soviétiques, ces recherches mirent en évidence qu'une guerre nucléaire, aussi " limitée " serait-elle, prendrait les dimensions d'un immense désastre planétaire.

Ces travaux ont pris en considération, comme hypothèses de base, divers scénarios relatifs à l'importance des " échanges " entre les belligérants, qualifiés soit de conflit nucléaire " limité " (entre 150 MT et 5.000 MT), soit de conflit généralisé (de 10.000 à 25.000 MT), le scénario de référence étant de 5 000 MT).

La pollution nucléaire due aux retombées radioactives rendrait inhabitables de vastes surfaces continentales pour de nombreuses espèces terrestres, et pour une durée indéterminée. Les retombées radioactives d'une seule bombe H d'une mégatonne induisent une dose d'irradiation cumulée de 600 rems sur quelque 1700 km2. Une guerre nucléaire de 5.000 MT provoquerait sur l'hémisphère Nord la destruction totale de plusieurs millions de km2 de forêts tempérées et boréales de conifères, en sus des pertes dues aux immenses incendies de forêts consécutifs aux explosions.

A Tchernobyl, où fut dispersée en 1986 une radioactivité équivalente à celle de 2,8 bombes de type Hiroshima, les pins situés à moins de 10 km du réacteur furent sévèrement affectés. Après cinq années, plus de 20.000 hectares de terres cultivables et de forêts demeuraient inutilisables à cause de leur contamination radioactive...

Le spectre de l'hiver nucléaire

Toutefois, cela ne constitue qu'un aspect " mineur " d'un conflit nucléaire. En effet, les stratégies de ciblage feraient que toutes les raffineries de pétrole, toutes les centrales électriques et toutes les usines chimiques seraient détruites. Comme l'agriculture est de nos jours entièrement mécanisée, dépendante d'engrais et de pesticides, voire d'électricité pour l'irrigation, il s'ensuivrait une famine généralisée provoquant à terme la mort de la quasi-totalité des survivants, même dans les continents restés à l'écart du conflit Est-Ouest. D'autres travaux ont aussi montré que le scénario de référence provoquerait une destruction de la couche d'ozone engendrant une forte hausse du rayonnement ultraviolet. Il en résulterait une mortalité significative de nombreuses espèces végétales.

Au début des années quatre-vingt, la prise de conscience de l'inanité de la stratégie MAD (destruction mutuelle assurée), par les hommes politiques des deux blocs découla de travaux sur les effets climatiques d'une guerre atomique, démontrant une forte probabilité d'induction d'un " hiver nucléaire ". Il fut même avancé que cette éventualité pouvait résulter d'un conflit limité, inférieur à 1.000 MT. Il fut démontré par des simulations de modèles que les quantités gigantesques de poussières, et surtout de fumées d'incendies, introduites dans l'atmosphère provoqueraient un refroidissement cataclysmique analogue à celui causé par une très forte éruption volcanique. Même dans le cas où un tel conflit surviendrait au début de l'été, il gèlerait en plein mois de juillet sur de vastes surfaces de l'hémisphère Nord, ce qui provoquerait la destruction définitive de la couverture végétale.

On peut donc conclure qu'une guerre nucléaire serait susceptible de détruire la biosphère terrestre, fruit d'une évolution longue de plusieurs milliards d'années... Il est enfin remarquable que la controverse scientifique suscitée par les études sur l'hiver nucléaire ait largement dépassé le cadre des spécialistes et eu un impact durable sur l'opinion publique et l'establishment politique et militaire.

Ramade F.
L'État des Sciences (op. cit.)
pp 157-159

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Quiconque trouve du plaisir à marcher en rangs serrés au son de la musique est pour moi, d'emblée, un objet de mépris. Il n'a reçu son cerveau que par mégarde, puisque la moelle épinière lui aurait amplement suffi. Cette honte de la civilisation devrait être supprimée aussi vite que possible. Héroïsme sur commande, violence insensée, chauvinisme pénible, comme je les hais ardemment ; comme la guerre me paraît basse et méprisable. Je préférerais me laisser couper en morceaux plutôt que de participer à des agissements aussi misérables.

Einstein A.


Dernière modification: 02/07/2006 test