2 La conception du monde dans l'Antiquité.

Objectifs : Devenir capable de

Mots et concepts clefs :

animisme mythologie
géocentrisme héliocentrisme
mythe de la caverne monde des Idées
 

Histoire de la compréhension de l'Univers.

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La compréhension du monde dans lequel il évolue a très tôt été une des préoccupations majeures de l'être Humain. Dans la nature hostile des premiers temps, l'Homme voit partout des êtres imaginaires, ennemis ou bienfaisants. Il prête des intentions aux esprits qui habitent les animaux, les végétaux, les pierres,... Un arbre est-il agité par le vent ? C'est un fantôme ou une âme qui secoue ses branches.

L'esprit de la forêt, l'esprit du mammouth ou du renne que l'on va chasser sont tout puissants. Ces esprits doivent être l'objet de pratiques rituelles afin d'attirer leur bienveillance.

Comment comprendre les phénomènes naturels sinon en invoquant la colère du génie des nuages pour interpréter la pluie et les orages ? Comment comprendre et admettre la mort de l'ancien sinon en expliquant que son esprit va rejoindre tous les autres esprits qui peuplent la nature ?

Ce type de croyances en des êtres surnaturels va mener aux mythologies primitives dans lesquelles des dieux gèrent l'ensemble de l'univers avec des intentions plus ou moins définies mais presque toujours dans une foire d'empoigne où chacun tente de gouverner réellement. Pensons simplement aux nombreuses aventures prêtées aux dieux de l'Olympe !

S'efforçant d'utiliser le raisonnement et refusant de considérer les superstitions, le philosophe et le scientifique vont tenter d'apporter leur contribution au problème de la compréhension du monde.

Il est probable que la science de l'astronomie est née des besoins des astrologues antiques qui tentaient de prévoir l'avenir grâce à l'observation des astres. A force d'observations, ils parviennent à prévoir la position des astres dans le ciel. Même si l'idée de prédire l'avenir en se basant sur la position des étoiles et des planètes ne repose sur aucune base scientifique, on peut voir dans la démarche des astrologues les prémices de la démarche scientifique : l'astrologue établit une relation de cause à effet entre une situation et une autre. La position des astres provoque tel événement ; c'est sur le même genre de raisonnement que se base la science moderne.

Il serait, à ce stade, intéressant de s'attarder à l'étude des premières manifestations de la science dans le cadre de nombreuses civilisations : l'Inde et la Chine, par exemple, ont été très tôt les berceaux d'explications rationnelles et scientifiques de phénomènes naturels. Mais, nous préférerons ici nous concentrer sur un aperçu de ce qui s'est passé en Grèce dont la civilisation est plus proche de la nôtre.

Thalès de Milet (±640 - ±547) conçoit un univers environné par l'eau. Notre univers est comparable à une bulle hémisphérique au sein d'une masse liquide infinie. La surface concave de cette bulle est notre ciel ; la surface plane est notre Terre. Les astres flottent sur les eaux supérieures. Leurs mouvements obéissent à des lois puisqu'ils sont réguliers, mais ces lois restent mystérieuses. La Terre flotte sur les eaux d'en bas.

Il semble que Thalès a eu connaissance des éphémérides mésopotamiennes concernant les éclipses de soleil. Sa célébrité lui est venue de la prédiction d'une éclipse de soleil qui mit fin à la guerre entre les Mèdes et les Lydiens, tant la frayeur des combattants fut grande. Il est cependant à remarquer que Thalès a eu beaucoup de chance dans cette prédiction : les éphémérides ne permettent que de prédire la probabilité d'une éclipse ; de plus, celle-ci n'est pas visible de n'importe quel point de la Terre.

Anaximène ( ? ? ? - ±480), un autre milésien, enseigne que la Terre est plate, relevée vers le nord, de manière à expliquer la dissimulation des astres qui tournent autour du pôle nord. Il ne reconnaît pas la même nature aux étoiles et aux planètes : le soleil, la lune et les planètes sont supportés par l'air tandis que les étoiles fixes sont plantées comme des clous dans la sphère céleste.

L'école de Pythagore (±580 - ±500) est fortement teintée de préoccupations mathématiques. On doit retrouver dans l'univers la même harmonie que dans les nombres et leurs progressions. L'affirmation de la sphéricité de la Terre est posée comme un dogme ; elle n'est pas reliée à des observations précises mais plutôt à des considérations purement esthétiques sur la beauté de la sphère. Le centre du cosmos est occupé par un foyer central autour duquel tournent dix corps célestes : le soleil qui réfléchit la lumière issue du feu central n'est qu'un de ces astres. Les distances respectives de ces corps au foyer central sont conformes à des proportions arithmétiques. Pour la première fois, la Terre n'est plus placée au centre de l'univers.

Anaxagore (±500 - ±428) voit pour la Terre une forme de disque ne reposant sur rien. La lune n'émet pas de lumière : elle réfléchit celle qui est émise par le soleil.

Plus, peut-être, que sa conception de l'univers, c'est la philosophie de Platon (428 - ±347) qui va infléchir le cours de la pensée scientifique. Sa conception d'un monde idéal en opposition au monde sensible est magistralement explicitée dans le fameux mythe de la caverne.

Le monde sensible (accessible à nos sens) est porteur d'illusions ; seul le monde des Idées est réel. Les objets et les choses qui nous entourent ne sont que des reflets de ce monde réel auquel nos sens n'ont pas accès. Par l'intermédiaire de notre esprit, nous pouvons cependant atteindre la vérité.

Un cercle tracé est une figure imparfaite. Lorsque l'on trace la tangente à ce cercle, on constate que les deux figures se touchent en plus d'un point. Mais, si l'on considère le cercle idéal et la tangente idéale, on doit reconnaître qu'ils ont un seul point de contact. Le cercle idéal est celui qui correspond à la définition du cercle ; c'est celui que le mathématicien prend pour objet de son étude.

Dès lors, Platon envisage les mathématiques comme une voie d'accès vers le monde Idéal. Cette science prend une place prépondérante par rapport aux autres sciences qui ne se préoccupent que du monde sensible.

L'univers de Platon est soumis à des lois mathématiques et obéit à une exigence de régularité. La Terre occupe une position centrale, les astres accomplissent des révolutions à des distances variées. Tous ont une forme sphérique. L'ordre des planètes à partir de la Terre est le suivant : Lune, soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.

Les travaux d'Aristarque de Samos (310 - 230) sont intéressants dans la mesure où il introduit des méthodes nouvelles. Il propose des mesures du système Terre-Lune-Soleil à partir d'observations et de calculs mathématiques. Au moment où le système Terre-Lune-Soleil décrit un triangle rectangle, Aristarque mesure l'angle entre les deux côtés Terre-Soleil et Terre-Lune. Connaissant ainsi les deux angles du triangle rectangle, il peut déterminer le rapport entre les côtés du triangle. Se basant sur des observations d'ombre portée de la lune sur la Terre au moment d'une éclipse, il propose des mesures pour les différents côtés du triangle. Les valeurs qu'il admet sont très loin des valeurs réelles, mais l'intérêt historique du calcul repose dans l'utilisation d'une méthode faisant appel au raisonnement mathématique appliqué à des observations.

D'autre part, un des plus grands mérites d'Aristarque est d'avoir inventé un système du monde héliocentrique : il imagine le soleil au centre de l'univers et fait tourner toutes les planètes -y compris la Terre- autour de lui. Cette hypothèse, posée 1.700 ans avant Copernic était destinée à être oubliée !

La sphéricité de la Terre est définitivement admise à l'époque où Ératosthène (±284 - ±192), conservateur de la bibliothèque d'Alexandrie, en mesure la circonférence à 80 km près !

Hipparque (161 - 127), un des plus grands astronomes de l'Antiquité retourne à la vision géocentrique. Il doit sa célébrité aux découvertes du mécanisme des saisons et de la précession des équinoxes.

Ptolémée d'Alexandrie (127 - 151), reprenant les idées les plus en vogue à son époque, inventera un système complexe qui permettra de rendre assez bien compte des mouvements complexes des astres dans un monde centré sur la Terre. L'importance de ce modèle serait assez faible s'il n'avait servi de référence jusqu'à Copernic (1473 - 1543) : le Moyen-Age, dont les intérêts étaient plus spirituels que scientifiques, n'a permis que très peu de progrès en astronomie.

Au début de l'ère chrétienne, les romains prennent la relève des grecs ; ils dominent tous les rivages de la Méditerranée. Leur intérêt pour la science est faible ; on assiste donc à un déclin. On observe que durant toute la période antique, les philosophes et les scientifiques n'ont que difficilement pu se dégager d'une vision géocentrique de l'univers. Placé au centre du monde, l'Homme est un être d'exception. Une telle vision ne doit pas être vue avec trop de sévérité si l'on songe à la faiblesse des moyens d'observation dont disposaient ces précurseurs. Il ne faut, d'autre part, pas oublier l'impact de Platon, d'Aristote et de leurs disciples sur le mode de pensée antique.

Textes de travail.

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La musique des sphères célestes.

Lorsque Platon dit de la musique et de l'astronomie qu'elles sont deux sciences soeurs, il parle comme quelqu'un pour qui la doctrine de Pythagore ne devait pas avoir beaucoup de secrets. Voici un passage capital de Théon de Smyrne nous permettant de comprendre ce qu'il faut entendre par " harmonie des sphères célestes " : " Relativement à la position et à l'ordre des sphères ou des cercles sur lesquels sont emportées les planètes, voici l'opinion de certains pythagoriciens. Le cercle de la Lune est le plus rapproché de la Terre, celui de Mercure est le deuxième au-dessus, puis vient celui de Vénus, celui du Soleil est le quatrième, viennent ensuite ceux de Mars et de Jupiter, celui de Saturne est le dernier et le plus rapproché des étoiles. Voici ce que déclare Alexandre d'Etolie : Les sept sphères donnent les sept sons de la lyre et produisent une harmonie (c'est-à-dire une octave), à cause des intervalles qui les séparent deux à deux. D'après la doctrine de Pythagore le monde étant, en effet, harmonieusement ordonné les corps célestes, qui sont distants deux à deux selon les proportions des sons consonants, produisent, par leur mouvement et la vitesse de leur révolution, les sons harmoniques correspondants ". Le monde est comme une lyre à sept cordes. Ainsi pour les pythagoriciens la gamme est un problème cosmique et l'astronomie une théorie de la musique céleste.

Brun J.
Les présocratiques
PUF (Que sais-je ? n° 1319)
Paris, 1982

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Le mythe de la caverne

- Maintenant, repris-je, représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature, relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur, une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
- Je vois cela, dit-il.
- Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toutes sortes, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux en pierre, en bois, et en toute espèce de matière ; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
- Voilà, s'écria-t-il, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
- Ils nous ressemblent, répondis-je ; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
- Et comment ? observa-t-il, s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute la vie ?
- Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?
- Sans contredit.
- Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble, ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?
- Il y a nécessité.
- Et si la paroi du fond avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?
- Non, par Zeus, dit-il.
- Assurément, repris-je, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
- C'est de toute nécessité.

Platon
La République
Dialogue entre Socrate et Glaucon

Réalise un croquis de la situation présentée par Platon.
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Le monde selon Aristarque.

Tu n'ignores pas que, pour la plupart des astronomes, le monde est une sphère dont le centre est le centre de la terre et dont le rayon est égal à la distance de ce centre au centre du soleil. Cela, tu le sais pour l'avoir lu dans les livres d'astronomie.

Or Aristarque a publié un ouvrage où il est question de certaines hypothèses dont les fondements portent à croire que le monde est bien plus étendu qu'on ne le croit actuellement. Il suppose, en effet, que les étoiles fixes et le soleil sont immobiles, que la terre se meut selon une circonférence autour du soleil situé au centre de cette orbite et que, en conséquence, la grandeur de la sphère sidérale, qui a même centre que celui du soleil, est telle que l'orbite circulaire de la terre a même rapport avec la distance qui la sépare des fixes que le centre d'une sphère avec sa surface.

ARCHIMEDE
Arénaires

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Notre vision de l'univers

Un savant célèbre (certains avancent le nom de Bertrand Russell) donna un jour une conférence sur l'astronomie. Il décrivit comment la Terre tournait autour du Soleil et de quelle manière le Soleil, dans sa course, tournait autour du centre d'un immense rassemblement d'étoiles que l'on appelle notre Galaxie. A la fin, une vieille dame au fond de la salle se leva et dit : " Tout ce que vous venez de raconter, ce sont des histoires. En réalité, le monde est plat et pose sur le dos d'une tortue géante. " Le scientifique eut un sourire hautain avant de rétorquer : " Et sur quoi se tient la tortue ? - Vous êtes très perspicace, jeune homme, vraiment très perspicace, répondit la vieille dame. Mais sur une autre tortue, jusqu'en bas ! "

La plupart d'entre nous pourraient trouver plutôt ridicule de considérer que notre univers est comme une tour sans fin, faite de tortues empilées les unes sur les autres, mais pourquoi ce que nous savons vaudrait-il mieux que cela ? D'où vient l'univers et où va-t-il ? A-t-il eu un commencement, et si oui, qu'y avait-il avant ? Quelle est la nature du temps ? Aura-t-il une fin ? De récentes découvertes en physique, très importantes, et que les fantastiques technologies nouvelles ont en partie rendues possibles, suggèrent des réponses à quelques-unes de ces questions de fond. Un jour, celles-ci sembleront aussi évidentes que le fait que la Terre tourne autour du Soleil, ou peut-être aussi ridicules que la tour de tortues. Seul le temps (quoi qu'il puisse être) nous le dira.

Dès 340 avant Jésus-Christ, le philosophe grec Aristote avança -dans son ouvrage Du ciel- deux solides arguments en faveur d'une Terre sphérique plutôt que plate. Tout d'abord, il avait compris que les éclipses de Lune étaient dues au fait que la Terre passait entre le Soleil et la Lune. L'ombre projetée sur la Lune était toujours ronde, ce qui ne pouvait être le cas que si notre planète était sphérique. Si elle avait eu la forme d'un disque plat, son ombre aurait été allongée et elliptique, à moins que le phénomène d'éclipse n'intervienne jamais qu'au moment où le Soleil se trouve exactement derrière le centre du disque. De plus, les Grecs avaient appris au cours de leurs pérégrinations que l'Étoile Polaire se trouvait plus près de l'horizon quand on était dans le Sud que lorsqu'on la regardait dans les régions nordiques. (Étant donné que l'Étoile Polaire est à l'aplomb du pôle Nord, un observateur au Pôle la verra juste au-dessus de sa tête, alors qu'à l'équateur, il la verra briller juste au-dessus de l'horizon.) D'après la différence des positions apparentes qu'occupait l'Étoile Polaire en Égypte et en Grèce, Aristote avait déjà calculé approximativement que la circonférence de la Terre devait être de quatre-cent-mille stades. On ne sait pas exactement quelle était la longueur d'un de ces stades, mais il est probable que cela devait équivaloir environ à deux-cents mètres, ce qui donne pour l'estimation aristotélicienne une valeur deux fois plus grande que celle que nous admettons couramment. Les Grecs disposaient même d'un troisième argument en faveur de la rotondité de la Terre : comment expliquer autrement le fait qu'à l'horizon ce soient d'abord les voiles d'un navire qui apparaissent, avant sa coque ?

Aristote pensait que la Terre était immobile et que le Soleil, la Lune, les planètes et les étoiles tournaient selon un mouvement circulaire autour d'elle. Il pensait cela parce qu'il estimait, pour des raisons mystiques, que la Terre était le centre de l'univers et que le mouvement circulaire représentait la perfection. Développant cette idée au Ile siècle avant Jésus Christ, Ptolémée aboutit à un système cosmologique achevé. La Terre occupait la position centrale, entourée de huit sphères qui portaient respectivement la Lune, le Soleil, les étoiles et les cinq planètes connues à l'époque, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Les planètes elles-mêmes décrivaient de petits cercles sur leurs sphères respectives, cela pour rendre compte des trajectoires assez complexes que l'on observait dans le ciel. La sphère la plus extérieure portait les étoiles fixes, qui conservaient la même position les unes par rapport aux autres, mais qui tournaient en bloc. Ce qu'il y avait au-delà de cette dernière sphère ne fut jamais bien précisé mais à coup sûr cette partie de l'univers n'était pas observable par l'humanité.

Le modèle de Ptolémée fournissait un système relativement sûr pour prédire la position des corps célestes dans le ciel. Mais pour le faire de manière exacte, Ptolémée avait dû avancer l'hypothèse que la Lune suivait une trajectoire qui l'amenait parfois deux fois plus près de la Terre qu'à d'autres moments. Cela impliquait qu'elle aurait dû alors nous apparaître deux fois plus grosse que d'habitude ! Ptolémée était conscient de ce défaut mais son système n'en fut pas moins généralement, si ce n'est universellement, adopté. L'Église chrétienne y trouva une vision de l'univers en accord avec les Saintes Écritures, et qui avait le gros avantage de laisser de la place au-delà de la sphère des fixes pour le Paradis et l'Enfer. Cependant, un système plus simple fut proposé en 1514 par un prêtre polonais, Nicolas Copernic. (Tout d'abord, par peur d'être accusé d'hérésie et brûlé par son Église, celui-ci publia sa conception sous le couvert de l'anonymat.) D'après lui, le Soleil était immobile au centre de l'Univers et les planètes décrivaient des orbites circulaires dont il était le foyer. Presque un siècle s'écoula avant que cette hypothèse ne soit prise au sérieux. Puis, deux astronomes -l'un allemand, Johannes Kepler, et l'autre italien, Galilée- commencèrent à défendre publiquement la théorie de Copernic, en dépit du fait que les orbites qu'elle prédisait ne coïncidaient pas exactement avec les observations. Le coup fatal à la théorie d'Aristote/Ptolémée survint en 1609. Cette année-là, Galilée se mit à observer le ciel nocturne avec la lunette, qui venait tout juste d'être inventée. En regardant ainsi Jupiter, il découvrit que cette planète était accompagnée de plusieurs petits satellites (ou lunes) qui tournaient autour d'elle. Cela laissait supposer que tout ne devait pas tourner obligatoirement autour de la Terre elle-même, comme Aristote et Ptolémée l'entendaient. (Bien sûr, il était encore possible de croire que la Terre était immobile au centre de l'Univers et que les lunes de Jupiter décrivaient des trajectoires extrêmement compliquées autour de la Terre, donnant l'illusion de tourner autour de Jupiter. Cependant, la conception de Copernic était bien plus simple). A cette même époque, Johannes Kepler modifia la théorie du prêtre polonais, en suggérant que les planètes décrivent non plus des cercles mais des ellipses (une ellipse est un cercle allongé). Les prédictions correspondirent enfin aux observations.

Pour Kepler, les orbites elliptiques n'étaient qu'une hypothèse ad hoc, et même plutôt désagréable, car ces figures étaient manifestement moins parfaites que des cercles. Ayant découvert presque accidentellement que les orbites elliptiques rendaient bien compte des observations, Kepler ne pouvait les accorder avec son idée selon laquelle les planètes tournaient autour du Soleil en raison des forces magnétiques. L'explication fut fournie seulement beaucoup plus tard, en 1687, lorsque Newton publia ses Philosophia Naturalis Principia Mathematica, probablement le travail le plus important jamais effectué en physique par un homme seul. Dans cet ouvrage, Newton échafaudait non seulement la théorie expliquant comment les corps se mouvaient dans l'espace et dans le temps, mais il y développait aussi les mathématiques complexes nécessaires à l'analyse de ces mouvements. De plus, le savant anglais proposait la loi de la gravitation universelle selon laquelle tout corps dans l'univers est attiré par tout autre corps selon une force d'autant plus grande que les corps sont plus massifs et plus proches ; force qui fait que les objets tombent sur le sol. (L'histoire selon laquelle Newton fut mis sur la voie de cette découverte par une pomme qui lui serait tombée sur la tête est très certainement apocryphe. Tout ce que Newton a jamais dit à ce sujet est qu'il eut l'idée de la gravitation alors qu'il était assis " dans une attitude contemplative " et " qu'elle avait été occasionnée par la chute d'une pomme. ") Newton montrait donc que, d'après cette loi, c'était bien la gravitation qui faisait tourner la Lune autour de la Terre et expliquait que la Terre et les planètes suivent des trajectoires elliptiques autour du Soleil.

Le modèle copernicien se débarrassait donc des sphères célestes de Ptolémée, et avec elles, de l'idée que l'Univers avait une frontière naturelle. Étant donne que les " étoiles fixes " ne semblaient pas changer de position -excepté leur mouvement d'ensemble dans le ciel dû à la rotation de la Terre autour de son axe-, il devenait tout naturel de supposer qu'elles étaient des objets semblables à notre Soleil, mais beaucoup plus éloignés.

Hawking S.
Une brève histoire du temps (op.cit.)
pp. 17-22

1. Qu'est-ce que les théories scientifiques de l'univers ont de plus que la théorie des tortues superposées?
2. Établis une ligne du temps sur laquelle tu indiques les différentes conceptions de l'univers qui se sont succédées ? Quelles sont les conceptions qui ont eu la vie la plus longue ?

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Fin de l'univers géocentrique.

Dans la cosmologie grecque, la Terre occupe le centre de l'univers

La tentation d'un univers géocentrique était bien compréhensible. En effet, quoi de plus naturel, en contemplant les trajectoires des objets célestes d'est en ouest dans le ciel, nuit après nuit, que de supposer la Terre trônant immobile au centre de l'univers, le Soleil, la Lune, les planètes et les étoiles tournant autour d'elles ? Platon, au IVe Siècle av. J.C., concevait un univers où le globe terrestre était au centre d'une immense sphère extérieure portant planètes et étoiles et tournant quotidiennement. Mais cet univers à deux sphères ne pouvait rendre compte d'une propriété étrange et singulière du mouvement de certaines planètes. Si, chaque nuit, planètes et étoiles traversaient ensemble le ciel d'est en ouest, certaines planètes donnaient parfois l'illusion d'effectuer un mouvement de recul par rapport à celui des étoiles. Nous savons aujourd'hui que ce mouvement dit " rétrograde " n'est pas réel. Il semble se produire parce que nous observons les mouvements des planètes depuis la Terre qui est elle-même en mouvement.

Eudoxe, un jeune contemporain de Platon, était à cent lieues de penser que la Terre pouvait bouger. Pour expliquer ce mouvement de recul avec une Terre immobile, il transforma l'univers à deux sphères de Platon en un univers à trente-trois sphères. A la sphère terrestre et à la sphère des étoiles vint s'ajouter une sphère par planète. Chaque sphère planétaire était attachée à des sphères supplémentaires. Ces dernières étaient indispensables car c'était la combinaison du mouvement de rotation des sphères planétaires avec celui des sphères supplémentaires qui expliquait le recul des planètes.

" Dieu créa le ciel et la Terre. "

Accepté sans réserve jusqu'au XVIe siècle, l'univers multisphérique d'Eudoxe, perfectionné par Ptolémée, rendait certes compte des mouvements célestes, mais il lui manquait une dimension spirituelle. Cette dimension lui fut insufflée par Aristote et, mille six cents ans plus tard, par Thomas d'Aquin.

Vers 350 av. J.C., Aristote divisa le monde en deux, la sphère de la Lune servant de démarcation. La Terre et la Lune appartenaient au monde changeant et imparfait où régnaient la vie, l'usure et la mort. Dans ce monde constitué de terre, d'eau, d'air et de feu, tout mouvement était vertical. En revanche, dans le monde des " hautes sphères ", celui des autres planètes, du Soleil et des étoiles, tout était parfait, immuable et éternel. Le mouvement naturel était circulaire, ce qui expliquait le mouvement éternel de rotation des sphères planétaires autour de la Terre.

Le rôle de Dieu, peu explicite chez Aristote, le deviendra tout à fait dans l'univers chrétien.

La synthèse des univers aristotélicien et chrétien fut accomplie au XIIIe siècle par le moine dominicain Thomas d'Aquin. Au-delà des sphères de la Lune, du Soleil, des planètes et des étoiles, celui-ci ajouta la sphère primaire dotée d'un mouvement de rotation constant. Dieu était désormais personnifié, résidant dans le domaine des " feux éternels ", au-delà de la sphère primaire. Assisté d'une cohorte d'anges, il veillait aux affaires de l'univers qu'il avait créé. Les anges habitaient les sphères planétaires et celle du Soleil et, en véritables mécaniciens du ciel, les poussaient pour les faire tourner. Leur degré de divinité décroissait à mesure qu'ils habitaient plus loin du domaine de Dieu. Dans la zone sublunaire, se trouvaient le purgatoire, la Terre, domaine des hommes et de la mortalité, et dans les entrailles de la Terre l'enfer, domaine des démons et du Mal, où les âmes mauvaises échouaient après leur vie terrestre.

Trinh Xuan Thuan
Le destin de l'univers (op. cit.)
pp 17-20

1. Réalise des croquis schématiques des conceptions de l'univers selon Platon et selon Thomas d'Aquin.
2. Après une lecture attentive des deux textes qui précédent, établis un tableau synthétique de type suivant :
Quand ? Qui ? Quoi ?
... ... ...

Dernière modification: 02/07/2006